ISLE-SUR-LA SORGUE

 

PAYS DE LA MEIJE PARIS SAINT-CHAMOND LYONMOSCOU 

NEW-YORKSEATTLE-CHICAGO MARSEILLE

 

VOUS ETES ICI

 

 

DIDIER COFFY

« Naviguer, c’est vivre. Tout le reste n’est qu’attente. »

GEOGRAPHIE PHYSIQUE, HUMAINE, REGIONALE, SCIENCES SOCIALES, MEMOIRES DES TERRITOIRES ET DES SINGULARITES...
Dite aussi « petite Venise provençale », département du Vaucluse, 15 kilomètres d’Avignon, au pied du Luberon.
SORGUE : rivière prenant naissance à la Fontaine de Vaucluse, sa source résurgente, dans le Luberon. Se partage en deux en amont de l’Isle-sur-Sorgue au niveau du lieu-dit partage des eaux formant alors le bassin de la Sorgue.
FONTAINE VAUCLUSIENNE, FONTAINE RESURGENTE : Réapparition à l\’air libre, sous forme de grosse source, d’une nappe d’eau ou d’une rivière souterraine, en particulier en milieu calcaire comme le Luberon.
LAGNES : A 5 kilomètres de l’Isle-sur- Sorgue., pointe sud des monts du Vaucluse entre Fontaine de Vaucluse, Cabrières-d’Avignon et le Luberon. Lieu de résidence de Maurice Roche.
CHEMIN DE FER : Ligne AVIGNON – MARSEILLE, descendre à L’ISLE-FONTAINE. Soit 12h10 Avignon – 12h15 Morrières-les-Avignon – 12H22 Saint Saturnin d’Avignon – 12h25 Gadagne – 12h28 Le Thor – 12h35 L’Isle-Fontaine.
MISTRAL : Aux quatre vents (3, 6 ou 9 jours…) à partir de Valence un territoire au cœur, oliviers et premières tuiles d’ocre. Un ciel de soleil et de poussière bousculée…
CAUMONT-SUR-DURANCE : 20 kilomètres de l’Ise-sur-Sorgue, département du Vaucluse. Maison « L’alouette » propriété des parents de IC
METEO, WEATHER, TEMPO, WETTER, EGURALDIA, WEER, ILM, TIEMPO, CLIMA, TOETRANDRO, WIEDER, TEMPESTAS...

 

ISLE SUR LA   SORGUE

DE

SIESTBUTINEUSE

En lien avec LA VIE MOLESKINE

 

 

 

Revenir à Guillevic, Philippe Sollers, Maurice Roche…

 

A nous encore amants évidemment, demain de rien et la peur du noir, un monde étrange et tout patraque, histoire de faire comme si un signe, une suite, un geste… neuf mois d’été et de grillons, le fruit de nos rendez-vous clandestins. Ces caprices de langue à la grâce de la mémoire et de la mélancolie (vacances à perte de vue cheveux défaits, rouge soleil bleu vert d’arbres et d’arche perdue, nos corps balanciers de sieste butineuse en belle saison de vie voilà à s’aimer toujours tellement trop). Maintenant un temps changeant en boucle d’escapade à dire le vent, la nuit et l’incrédule horizon… — du bruit et de l’éclat à voix silencieuse, blanches fureurs d’approximations et minuscules fracas. Entre ciel et cris, une vie autre en apprentissage et menus travaux. L’essentiel d’un savoir-faire défaire et dire merci à d’invisible printemps. Nous les vivants, une leçon de choses et de laisser-aller sans retour, très loin tout court sans doute et rien de plus. Mots de la fin pour trois fois moins d’ici d’oubli, de loin en vain la vie lascive doucement vénéneuse. Mille jours d’insolente solitude et de petits pas pointillés en pays d’étoile filante, une hirondelle hors saison. 

QUELLE HEURE EST-IL ? (2004)

Rien chut enfoui et du bruissement un mot… quelle heure est-elle la vie étourdie ? Pas indemne ce manège tout qui se détraque. L’âge on ne sait plus vraiment le vide à hue dia et bouts de ficelles. L’amour la déglingue en eaux troubles et désinvolture, ce cœur une torpeur du bruit et des questions, une effraction. Ici un goût de langue… ce baiser pareil la première fois et puis maladroit, un peu de gribouillis avec de la mémoire, un mal de chien. De quoi avoir l’air chouette en se rafistolant l’histoire, les plis, les paupières, le long du cou l’âge aidant. La pluie, le vent, la vie le vide tout le temps, des signes raccords, l’écriture les blessures, ce ventre aux tumultes tout hachés minuscules, une attraction dans le cœur par l’empreinte de rien autour ? 

SUR LA TERRASSE DE « LOU MASE » (1991)

Ainsi quatre saisons plus un baiser de mer du soir sur les quais vers cinq heures. Un souvenir, un café, ms mains tes hanches et ta bouche ce matin oui pour la première fois. Encore d’amour belle journée à l’envers du figuier et d’une main dans le cou, ce quelque chose en pente douce, une révolte à deux. Tous ces coups de vent froid bleu mistral gelé de janvier sous la couette, une robe un peu froissée au pied du lit. Le corps la chaleur, un air d’Alpilles pas grand-chose, Arles ou les Sainte-Marie sous les pins petite faim, un coin de bien et de rien sauf le chocolat au bout de tes doigts. 

DANS LE LUBERON (1991) 

Un prénom le soir après la nuit et des miettes sur la table, ta manie de manger à n’importe quelle heure…encore cinq minutes surprises sucrées salées et pour plus tard la brutale chute. Une Provence en nuage et fil de poche à la ribambelle, un instant chocolat et des ombres en hiver avec du miel sur les tartines. Le ciel ou la fraîcheur des draps, visage voyage dans tes trente ans, là où la vie fait défaut. 

APRES-MIDI A « LOU MASE » (1991

La fenêtre, un fauteuil, le bureau… de temps à autre quelques ombres sur le tapis, une silhouette et mèche assortie. Ainsi les amours de la plume et du pinceau, brouillures à papiers jeux de mains et rien que moins du dérisoire des sentiments. Les mots je ne sais presque pas, seulement des petites ratures certains jours une somnolence, un chapitre. Fourbu finalement de rien. Ces silences, la littérature la nuit le jour, une écriture à l’encre longtemps en avant et maintenant doucement, une mémoire mordillée griffouillée avec du remord dans le cœur. Que du saigné à l’âme et souvenirs, bagages avec déroutes et douleurs lancinantes dans ce quelque part muet si secret. L’ordinaire d’un mal de cœur à l’aveuglette et tâtons, l’éphémère et puis plus rien…– tout un raffut les sentiments au prénom blotti. Ce bouquin Léautaud, quelques cheveux blancs. Un rendez-vous chapitre Sartre, écris-moi je vieillis.

A LA FENETRE DE « LOU MASE » (1991)

Choses sentimentales contre le cœur, du blues du bleu et des couleurs. Chut ratures, l’art une peinture. Des souvenirs aussi, Le Clézio une page contre le mur, l’olivier lentement glissé de ta main l’eau l’Isle, si chaud ce juillet là. Le jour la nuit, des corps appris apprivoisés et l’amour à faire, un alphabet sans se blesser. Une esquisse et de l’encre, un œil un désir une étincelle. Maintenant mademoiselle photographe, robe légère et transparence, soirs à la lune en Avignon… un thé avec du sucre derrière le mistral dehors. Un grand pull m’engloutir m’ensorceller, les soirées chez qui chez chacun la fête le Luberon, l’alcool, le reste… Je me souviens de la Provence, une histoire bleue ciel noire et rouge, quelque chose de l’eau et du midi au clocher, le ruissellement du soleil. Trente ans ce goût si doux m’embrasse en arc-en-ciel et sud d’Italie.

FESTIVAL D’AVIGNON (1994) 

Brune blottie en boucles effarouchées de sommeil et de mélancolie. Guêpes et sieste derrière la vitre ou l’olivier, une petite hirondelle à la Sorgue. 

DANS LE HAMAC DE « LOU MASE » (1991) 

 

ETYMOLOGIES, MANIERES DE DIRE MANIERES DE FAIRE, LANGUES POPULAIRES, CURIEUSES, SAVANTES OU IMAGINAIRES...
EAU : Symboliquement, l’eau d’un lieu de condensation et de coexistences de forces opposées (le baroque), de l’énergie la plus concentrée. Foyer d’où par le mouvement de l’un vers le multiple, de l’intérieur vers l’extérieur, de ce partage se construisent le Ciel et la Terre. Lieu par où passe l’axe du monde dont les images ne se distinguent que par leur point de vue. Une colonne vue de son sommet, un point central vu de l’horizon. Ainsi un même lieu est-il axe et centre.

SORGUE : Du latin surgere, sourdre, jaillir…

L’ISLE – PETITE VENISE PROVENCALE : L’Isle Venise en rouge , blanc et noir (l’œuvre au blanc, rouge et noir de Marguerite Duras). Venise en vrac, le baroque, le carnaval, l’eau et la peinture. Les épousailles avec la mer, le jour de l’Ascension le Doge monte sur une galère et se rend jusqu’à la passe qui fait communiquer la lagune avec la mer. Il jette un anneau d’or en disant :  » Mer, nous t’épousons en signe de souveraineté perpétuelle.  » L’Isle-sur-Sorgue ville féminine, du couple et du double, ville miroir (vénitien) : « Les miroirs (au pluriel) c’est une autre thèse, soit que deux miroirs se disposent l’un en face de l’autre (image zen) de façon à ne jamais refléter que le vide soit que la multiplication des miroirs juxtaposés entoure le sujet d’une image circulaire dont par là-même le va-et-vient est aboli. » Roland Barthes « Sade, Fourier, Loyola ». Ici l’histoire d’un couple et d’une légende, une affaire de jumeaux. Un seul œuf divisé et se ressemblant parfaitement. L’effet d’un coup de foudre inversé (Cupidon à tête renversée) crée un impact, une mémoire commune. Une pierre de foudre (« lapis ex caelis », pierre du ciel) qui tue et ressuscite, elle élimine définitivement tout en ouvrant de nouvelles perspectives (cf. GEOLOCALISATION),  le sens sacré d’un sacrifice (etym. faire du sacré et et du secret). Il entraîne un mécanisme de renaissance, une loi de la symétrie source de tout mouvement (roue à aube).  L’unique à deux faces, un effet miroir du semblable et du différent : le côté droit possède les éléments inversés du côté gauche et vice-versa, tel un blason l’envers de ce qu’il parait (son Zénith et son Nadir).  Ainsi en équilibre sur un fil (de soie) dans l’instant sacré du midi, le milieu du jour de la vie (medius/dies).

Grimoire 1 et 2

GRIMOIRE : « Le terme « grimoire » est lié à celui de grammaire. Cela ne signifie pas que le grimoire désignait originellement une grammaire, bien sûr. Cela rappelle combien poésie et magie sont liées dès leur origine. Le grimoire est un livre qui fixe la bonne forme de la magie, l’enchantement ; la grammaire est un livre qui fixe la bonne forme de la parole (y compris poétique, le chant). »

LEGENDE : Du latin legenda, latin « ce qui doit être lu ». Récit à caractère merveilleux où les faits historiques sont transformés par l’imagination populaire ou par l’invention poétique. Explication jointe à une photographie, un dessin, une carte. La légende de l’Isle c’est le récit de « Mistral boucles brunes », c’est »ce qui « doit être lu » pour comprendre l’histoire de l’Astrolabe Compendium, sa genèse, l’archéologie de sa mémoire. L’Isle est une ville dite « ville-miroir », celle du reflet du double et du couple. On pense à Roméo et Juliette, Tristan et Yseult…. Quête (cf « Indian Jones et les aventuriers de l’arche perdue » et enquête sur l’amour et la mort. Pas de secret sans sacré, sans sacrifice.Conformément à la loi héraldique, la légende de la passion (dans tous les sens du mot), sous l’effet de sa fracturation (cf. GEOLOCALISATION, effet de fracturation, météorisation…) provoque douleurs, épreuve, chûte et mort (« la nuit de la signature » dans « Mistral boucles brunes ») avant la rédemption. Nourrie par cette épreuve et son discours (la mort), la fracturation se fait ensuite percolation (infiltration nourrie de multiples sources et influences), elle enrichit l’Etre en s’incarnant dans quelque chose (donnant corps à un invisible), l’obligeant à se remettre en question donc à faire un tour sur elle même. Elle permet ainsi un recentrage (principe Compendium, on sait où on en est), une géolocalisation de la renaissance transformant le cercle (ce dans quoi on était enfermé, les ténèbres) en spirale faisant apparaître de nouveaux horizons, la lumière… une épiphanie (epifenaios, apparition en grec). Ici l’invention d’un Astrolabe Compendium. On sait que le sacrifice, la perte… l’action de rendre quelque chose ou quelqu’un séparé de celui qui l’offre devient un bien inaliénable, intouchable. Il change de dimension. Le sacrifice est lié à un échange, un partage (des eaux ?) créatrice d’énergie. Plus l’objet matériel offert est précieux plus l’énergie spirituelle est forte. Dans la tradition celtique le sacrifice est une oblation, une offre.

Zénith/Nadir

SOURCE VAUCLUSIENNE, SOURCE RESURGENTE : Symbolique de la renaissance, de la vie qui reprend après une période de ténèbres, de la lumière sur l’ombre, du mouvement perpétuel.

CAMPHOUX : Quartier Camphoux, expression typique dans la campagne vauclusienne, partage du territoire en quadrillage. Etymologiquement, CAMP : campus (latin), plaine cultivée (les cerisiers en fleurs ?), large espace… et HOUX : mot francique appartenant à la langue des anciens francs faisant partie du germanique occidental (cf. romantisme allemand la ballade de Goethe dans LE ROI DES AULNES de Michel Tournier. Quartier héraldique, 4em partie de l’écu (latin : quartus = quart/astronomie, phase de la lune). Quartier, quartus/terra : théâtre d’opérations pour une expérience de la quadrature du ciel (cercle ?) entre la mémoire verticale (intemporalité/spiritualité) et la mémoire horizontale (matérialité, temporalité). Rôle du méridien entre le ciel et la terre, point de référence et d’ancrage.Symbolique du Centre (ville/vide), le territoire attire et repousse, fait signe et sens.

LOU MASE : En provençal vient de masel, le petit mas. En patois berrichon on dit mazé, mazeau…

MISTRAL BOUCLES BRUNES : Titre du récit, devenu légende, de l’histoire entre IC et DC  à l’Isle-sur-la Sorgue dans les années 90

 

 

MISTRAL

BOUCLES   BRUNES

En lien avec LA VIE MOLESKINE

Prière d’insérer…
Ce travail n’est pas le fruit d’une expérience ou d’une intention que d’aucuns nomment projet d’écriture… — ce luxe de la distance entre un auteur et son objet, une perception d’espace et un savoir-écrire. Seulement sans recul, habité d’innommable (l’Amour, la Mort, l’Absence, l’Unique…) et d’un lieu (la Provence) n’ayant de cesse de s’épouser et de s’opposer en un duel au soleil pour mieux s’engloutir et créer un au-delà de soi. Autant de voyages intérieurs de proches extrémités dans une traversée des apparences en « infinies variations » (poétiques, philosophiques, critiques, calligraphiques, ésotériques…) merveilleuses et tragiques.

Les privilèges de l’Absolu.

 

 

1

 

Ce sera ici, un pays d’ocre et d’eau.

Là où le doigt se pose en découpe de bourrasques et d’oliviers. Une terre d’élégance et de charme où l’air et la langue souvent se dégustent. Un hommage au bleu et au blanc dans un écart de lumière définitivement incliné vers la circonférence du monde. Sans doute un murmure ciel contre terre en petits toits et tuiles ruelles traverses. Tout le bouleversement d’une eau usée de chaleur. Là un enfant joue, ici une fenêtre se ferme et le vent balaye l’horizon du large en un tour de main d’espace et d’éclaircie.

Le temps, à la merci du moindre bonheur.

Peut-être aussi ce dédale de maisons en mille couleurs, de petites boutiques ou de places ensoleillées et un ciel .bleu très bleu très noir. Autant de quais enfeuillés de ferrailles dans un oasis de mousse et de clapotis semblant épouser l’ombre d’une nuit aux petites étoiles. Une flèche à rebours du temps ou une tache griffonnée à la hâte dans un éclat de lumière, seule dédicace du jour. Un point aveugle n’en finissant pas d’éblouir au noir du regard, blessant le mouvement et le réfléchissant en autant d’éclats. Voilà une trace trouée des apparences, zébrures de l’âme dans la trajectoire infinie d’un soleil aveugle.

L’instant tragique de la totalité heureuse.

Là ou ailleurs entre chaleur fatigue et perdition au grand zénith hallucinant, midi s’étale dans l’éblouissement du rouge au noir. Toute l’inscription du travail de l’absence noire de sens…. — rien au-delà rien, seul le silence dans les pas dansant de l’amour à l’envers. Un soleil de proches extrémités au pays d’autrefois dans les sentiers de basse pinède.

L’arrachement et la profondeur, ici.

 

 

2

 

 

A l’angle de la rivière et du petit pont…

La route les arbres les vergers et la voie ferrée. Quelques virages puis une longue ligne droite assourdissante avant le débouché au grand soleil, la petite maison sur la main.
Ici, un toit et deux pans de mur, la fenêtre du séjour et un rayon de lune, l’étagère, le canapé, les fauteuils en gris mauve et un peu à droite la chambre dans le décor d’un corps… — léger frémissement dans les replis du sommeil. Enfouie dans tant de nuit, à la renverse et offerte une parenthèse à tort et trace d’un peu de toi, un récit.

En octobre loin d’ici, dans l’angle d’un atelier l’esquisse d’une silhouette en noir et blanc, les cheveux dans le mouvement d’une robe longiligne. Puis un geste un bref instant un après-midi de printemps, derrière la vitre d’une galerie, ce mouvement du bras, la plénitude de la totalité et un éclair de soleil en révérence.

Un peu plus tard dans la pénombre de « Lou Mase », soir d’hiver entre le petit couloir et le séjour avant de plonger dans des yeux si doux, une nouvelle fois le goût de l’envol et d’une biche aux abois. Quelques semaines de plus à la nuit sur un lit inconnu… — ainsi m’avoueras-tu avoir eu très froid l’autre soir au téléphone, une voix de l’autre côté des corps.

Comment dès lors faire le départ de l’amour ou de l’infini ?

Du bout des doigts, l’épaisseur fruité des cheveux, la bouche, le ventre (les restes d’un cours d’anatomie ?) avec en exergue « tu m’aimeras parce que je veux que tu m’écoutes et que tu me parles… ».
On se l’enfoncera dans le crâne en attendant la suite, histoire de prendre conscience du piège doré de notre situation et demain plus tard, toujours cette douleur lumineuse pour sortir du cauchemar (et le vivre ailleurs…) à la fenêtre du séjour en un dernier coup d’oeil gris et blanc.

Demain le mistral, bras ouverts boucles brunes.

 

 

3

 

 

Des yeux sombres entre griffures d’enfance mille fois désenfantée… De quoi s’envoler motus et bouche ouverte, il suffit de tendre l’oreille (haut perché et faussement grave, irisé d’une pointe épicée soleil sud, son chant du monde). Un accueil d’accord pastel clôturant dans la dureté géométrique de sa robe l’esquisse d’un mouvement lumineux.

Un sourire dans un geste banal, les manières d’interrompre une phrase et de glisser dans le souffle d’un mot les cheveux en décalage éparpillés sur la joue. Une façon scrutatrice de fouiller l’horizon, la bouche complice d’elle-même, les jambes repliées à l’unisson sous le menton avant de rebondir à l’air libre dans un corps élastique…

Tout une géographie du furtif, du passant et du méthodique.
S’affirme-t-elle alors comme une terre de l’essentiel, celle du moment et du mouvement, ressentie dans ces régions-là, nourrie de tous les paradoxes ? Ou faut-il plutôt parler d’une gourmandise en clair-obscur…

Nous nous rejoindrons dans cet indispensable dérisoire, unique, prêts à plonger ensemble dans la paix de nos éclatements (amour définitif, ainsi l’appellerons-nous…). De quoi en archiver les douleurs et les plaisir entre l’ou-bien du partage (vider notre sac, faire table nette et rase du passé) et l’ou-bien du silence, le temps de se faire des histoires. Et pour en trouver l’issue, s’inventer des tentatives, incognito par effraction d’une seconde pénétrer en ce labyrinthe afin d’en fracturer l’huis, s’en obscurcir à tâtons… — redécouvrir les esquives à jamais architecturées tels des petits voleurs de couleurs imprégnés en plaque-contacts, pure merveille photographique.

 

 

4

 

Calme et frais…

«Lou Mase» dans l’ombre du ciel, personne derrière le volet. A perte de vue, l’olivier blanc bourrasques et miroitements. Un écart de repos et l’effort du jour derrière la vitre.
No man’s land en bleu et blanc, inventeras-tu des détours ? Pas d’impatience, juste un temps fuyant imperceptible et volatile. Un peu de linge éclaboussé dans l’armoire du matin.
Tu me parleras, assise devant la fenêtre de la salle à manger. Tu sentiras que l’enfant que nous souhaitons tant t’apportera la confiance qui te manque. Tu affirmeras, en posant la main sur ton ventre, le découvrir accueillant. Tu me diras la sensation de vivre, de pouvoir donner la vie encore…

Ici et autrement, un doigt sur tout cela.

 

 

5

 

Septembre de bleu et de feux.

Le temps le long de cette avenue, toute la lumière dans les yeux au grand soleil écartelé. Retrouverai-je alors les toits et tuiles ruelles traverses ? La limite du ciel dans ta main doucement… — une nouvelle fois un peu de toi au bout de mes doigts.

Là un bruit de vent sur les feuillages, cette inexprimable sècheresse de l’air et de la pierre…jeu d’azur et de froissement. Une ombre pliée au creux de la ruelle en partance vers le soleil… et vers l’angle de la rue, ce bruit diffus de foule baroque bariolée tant aimée. Au centre de la ville, une petite boutique d’or et de mauve, arcades et les ouvertures sur le café de la place.

Ultime chaleur sous les frondaisons, la mort de l’été penseras-tu.

 

 

6

 

L’image apparaîtra…

« Lou Mase » en noir et blanc. Photos de chambre claire façon clic clac, mystère et alchimie. Nos plaques-contacts et nuits artificielles d’espace d’ailleurs (derrière la cuisine et le garage…).
Lentement silencieusement infiniment doucement vers 14 heures, quelques clichés, en vain en vrac… Ta main dans la mienne, de rouge et de noir vêtue (soir de Noël) en petit paquet surprise, une vidéo. Le goût d’un baiser à naître et n’être que langueur. Un petit matin évaporé toujours endormi (ce jour de juillet en limite de souffle…). Ici des yeux mouillés d’envie et de mistral aux cheveux mélangés. Au fond de la rue (vers la rivière et l’ombrage du platane…) tout doucement, les yeux fermés, une avalanche de verres et de carafes…

Je reconnaîtrai vers la petite table de droite, le goût de ta menthe à l’eau, les phrases à peine écorchées par la douceur de la chaleur et l’infini glissement de ta main dans la mienne. Du vent et de la poussière, un bonheur de lumière et d’heures au cadran solaire du clocher.

De quoi mettre à jour ton centre du monde… — fenêtres, façades multicolores en contre-jour, minuscules pavés mosaïqués du marché. De jour comme de nuit, un théâtre de mémoire à en déchiffrer les moindres signes. Traces indélébiles d’un peu d’ombre, épousailles lumineuses et ténébreuses en petit pont de fer, soleil couchant dans les peupliers, silhouettes par-dessus la rivière, courbe majestueuse des rochers.

Une exquise immobilité du temps en fin d’après-midi.

 

 

7

 

Autant d’infinies variations sur un même thème dont il me semblera entendre l’insoutenable respiration. Saurais-je voir l’automne en profiter et se glisser brutalement dans les rafales de pluie et de vent, brusques furies du ciel entrecoupées d’échappées de ciel bleu ou solde d’un été en soubresauts d’amour et d’orage ?

Tu m’entraîneras à la découverte des premières fraîcheurs de brume, dans les courbatures d’une ville rentrant dans la nouvelle saison.

Nuages mirages, ton territoire le mien.

Une découpe de parcours, d’itinéraires et de variantes à en réinventer les gestes pour traverser les rues, des pas sous l’averse jusqu’à l’odeur du café au petit matin devant les quais. Me plairais-je à répéter et t’épouser en lieu et place… — le tendre amour d’un désir infini, du soleil et des nuages, une silhouette et un platane, notre ligne droite assourdissante là-bas au loin plus tard, définitivement ?

Apprendre à réinventer un nouveau printemps… — du neuf dans l’usure méthodique du temps. Parcours infinis du ciel, quête méticuleuse des couleurs et douce torpeur des matinées ensoleillées. Journées ainsi offertes à la seule gloire du monde.

Autant de caresses de vent en ultimes précautions sur les petites tuiles d’ocre et de rouge, une invitation à des nuits en pente douce rien que pour toi.

 

 

8

 

 

L’odeur du marché, la lavande… — un peu de « Lou Mase » dans le regard (nuit à la renverse, miroitement du terre-plein, mouvement du vent dans les cerisiers et soleil en partance). Cela aussi on se le remémorera dans la galerie, nous n’aimerons guère ce peintre, ta fébrilité dans la voiture et le froid sur tes jambes puis ta main sur mon visage. Le petit couloir, une brusque étincelle dans tes yeux et l’exquise violence de ta bouche, mon ciel mon essentiel.

Plus de saisons diras-tu… — histoire de se croire à l’envers à la hâte et en accéléré. Tout un petit tremblement de tête, fièvre de morte saison ou vrai faux séisme.

Une fin d’espace et d’apesanteur.

Des petits soleils d’hiver dans la nuit remuée en ligne de mire à prendre soin de toi, bras ouverts boucles brunes. Te raconter la vie de l’autre côté, l’infini réel et l’unique solitude partagée.

Un lundi loisirs sur la plage ?

Petites routes à fleur d’eau froissée, sourires et détours, tu te tromperas deux fois de chemin… Terre et mer épousées en creux et jetée, de l’air et de la douceur au fond de l’oeil ensoleillé. Rien qu’un envol de saveur gourmande enroulée de sable, l’engloutissement d’un ciel au goût amer de tendre sel vers nos corps lentement glissés dans l’onde… — il te suffira d’éclater de rire. Côte à côte, assis sur des pierres, en pensant à demain ou à tout à l’heure, un besoin de rien d’autre sinon un flottement de cigarettes en morsure de bouche et au bord de nuit, l’indicible mouvement de la silhouette et de la houle.

 

 

9

 

Un juillet de 13 heures.

« Lou Mase » au zénith, un crissement de pneus et de graviers ou plus tard (l’hiver ?) sur le quai, ruines de pluies remplies au loin. Partout et nulle part, une âme une attente dans ce bruit de branches en courbe majestueuse vers le petit pont et là plus de raisons, diras-tu… Printemps, automne, hiver et caetera… tour du monde en mille saisons autour de nos mains. Sourire et s’envoler, dormir et s’ennuager, pleuvoir et mourir. Enfants de la tempête, nos tourbillons chavirés et de climats d’exception… — nous, en naufragés.

La fenêtre du séjour et un rayon de lune.

L’étagère, le canapé, les fauteuils en gris et mauve. Un peu à droite, la chambre dans le décor d’un corps… — léger frémissement dans les replis du sommeil. D’où tu viens, enfouie dans tant de nuit, les yeux inclinés vers ton corps éparpillé une seule clarté d’obscurité. A la renverse, une parenthèse à tort et à trace, la main posée sur la nuit à la limite du souffle endormi.

Ton corps, un récit.

En octobre, loin d’ici, dans l’angle de l’atelier, l’esquisse d’une silhouette en noir et blanc, les cheveux sans doute dans le mouvement d’une robe rectiligne. Puis ton geste, un bref instant un après-midi de printemps, derrière la vitre de la galerie, mieux qu’un essor, la plénitude de la totalité… — un éclair de soleil en révérence.

 

 

10

 

 

Midi mon heure de préférence extrême.

De quoi profiter souvent de cet embrasement de clarté pâle, flirter avec la ligne droite, les peupliers et le bruit du train. On me dira que c’est là… — pourquoi cette fois-ci oserais-je bousculer, ce mur, tuer la grille et pénétrer en ton antre ?

Les graviers sous mes pas, un peu de fraîcheur et d’oliviers, presque un air de campagne et de vacances dans un jardin au repos forcé. Ton nouveau territoire, penserais-je… Mille difficultés pour ne pas trouver le chemin, arpenter en tout petit, divaguer dans le minuscule, faire des ronds, des courbes et des traverses, simulacres en trompe l’oeil.

Il n’y aura plus qu’à franchir un dernier obstacle et le printemps s’éteindra, un peu d’herbe et de douceur dans le monde des ombres. La vie l’absence et un nouveau désordre, je réussirai encore à t’échapper.
Ce périmètre petit format, ton territoire de bon matin… — quelque chose dans les hirondelles sous le clocher (vers neuf heures ?), une envolée de soleils argentés, frais fruits et clairs la douceur d’un instant à petits pas. Je saurai te dessiner, une impression de bonne élève dans la tranchée de lumière, un doux balancement de hanches et silhouettes majuscules. J’apprendrai à te découvrir dans la connivence de l’oeil et au-delà du tumulte, cette resplendissance d’un corps en discrète mèches de cheveux d’ombre rousse — effleurement d’une cigarette et tes yeux en deux gouttes d’encre…

La texture, le glissement des formes et des métamorphoses : tout se diluera s’inversera et se dévidera. Le bruit de la nationale autrefois dans le froid, ici à « Lou Mase » ou ailleurs, l’histoire d’un passage nord-sud de l’autre côté du monde. Face à la fenêtre, le corps à la rêverie l’esquive d’une brûlure en forme d’éparpillement le tout se détachant lentement pour revenir à la question initiale…. un doigt et le mystère.

 

 

11

 

 

Dans la profondeur du vent et de la nuit, tout ce bruit de pluie en clapotis au fond de la rue : commencerais-je à tourner lentement en contre-bas d’un territoire ? Auras-tu froid, faim et peur à frissonner ? De rues en roues et petites froidures en lamelles d’eau et de bois, autant de nuits en ciel paillettes pour mieux se recroqueviller et retrouver la pâle buée du café de la place, bouffée d’haleine en blanche tiédeur ouverte sur un visage de laine emmitouflée. J’aimerais cet hiver de flamme sèche, de vent et d’étoiles brulantes m’ennuageant en douce à longueur de nuit et de vide; frôler les parcours d’autrefois en repérant à perte de vue des lieux d’obscurité. Là-bas de l’autre côté de l’avenue, les petites lumières dans les arbres, un peu de froid sous les doigts L’hiver surpris et retenu en coup de silence et d’infortune. Déchirure et coupure d’un ciel décousu dans les matins glacés et la mort entre les lignes.

 

 

12

 

 

La nuit de ta signature.

On oubliera volontairement l’après-midi. Une petite parenthèse, un accroc d’infortune et de hasard. Seulement une poignée d’heures au creux de la main. On imaginera facilement une nouvelle fois la chaleur, l’accablement du soleil et du ciel bleu, les certitudes de l’absolu; tout un faux décor de carte postale. On inventera une enquête, quelque chose qui explique, donne des solutions… — pas à pas au bout de toi. L’essentiel ailleurs, un coup de poignard dans le dos à plonger dans de mémorables itinéraires en surprenant les moindres détails. Tu ajouteras en riant que cette disparition sera exactement rien, cela viendra tout seul d’un coup sans laisser de traces… — boomerang invisible aux limites identifiables. Quant au reste, affirmeras-tu, il n’y aura pas à s’en faire : les cigarettes, les papiers, la maison, l’amour et la vie… iront et viendront pour mieux s’unir dans leurs mille petites déchirures. De quoi jouer à la mort en une composition parfaite de l’espace feint, se déguisant dans la cérémonie des retrouvailles.

On se remémorera, murmures amères lèvres contre lèvres en lieu et place, l’escalade de la patience. On se remémorera sans arriver à oublier complètement la cohérence ordonnée de l’histoire. On reprendra une série de clichés, là où on en était resté : l’oeil sur une promenade au bord de la rivière, un partage de l’eau dans l’horizon de la houle, le souffle dans les cheveux. Plus à gauche la nuit profonde dans le jardin avec chaises et tables renversées, la nébuleuse incertitude de ce qui se passe au-delà par devant ce qui entoure et dépasse… — cela se déplaçant encore, arrivant jusqu’au terre-plein devant la maison déjà citée, les zones d’ombre les petites ruelles, l’attente du ciel bleu finement découpé dans l’encadrement de la fenêtre pour le définir enfin sans doute comme une histoire de doux leurre. Des mots rien que des mots, aux aguets, juste bon à connaître enfin la suite…

Une nuit bien fermée bien repliée toute close sur elle-même, une grosse fleur rouge de quoi couper le souffle. Une sorte de huis clos interdit au regard. Une nuit aux petites étoiles, toujours bien fermée et repliée avec à l’intérieur un éclair blanc et noir, un absolu de circonstances. Temps d’arrêt définitif sans importance, suspendu et prêt à l’envol… — disparaître dans l’anonymat. Seras-tu là pour remonter à la source de ce scénario en inventant une route en lacets bordée de platanes ? Une petite promenade nocturne pleine de saveurs et d’odeurs, la fin d’un printemps.

Seule au volant et rien qu’un balayage de phares : le petit bureau ou le fauteuil dans lequel tu ne t’asseois jamais, ton regard dans le couloir et ta voix au téléphone. Tu n’oublieras pas non plus la chaleur de « Lou Mase » dans la nuit éclairante ni le goût du sel sur tes lèvres après la plage… oui, tu archiveras cette mémoire au fur et à mesure de la ville. (ta main le long du rideau, la pluie tombée, un après-midi à découvert de la chaleur et des discussions sous le figuier… — les lumières, les platanes, la rivière et les petites ruelles; autant de quais et de traverses à la nuit plongeante dans la l’obscurité revenue).

Seras-tu là ?

En un long cri muet d’amour blessé, ultime geste d’abandon et d’appel, un instant de pause. Tout disparaîtra par la voix, le corps et le souffle un fil interrompu.

Sans doute viendras-tu d’inventer la nuit de ta signature

Il sera 0h45 ce 1er juin 1996.

1991 – 1996

 

LIEUX COMMUNS, ETABLISSEMENTS, COINS INATTENDUS, TROUVAILLES EN TOUS GENRES ...
1990-1996. CAFE DE LA SORGUE : 31 quai Jean Jaurès. Assez belle couleur intérieure avec vue intéressante sur la Sorgue. Terrasse très agréable au printemps et à l’automne vers 11 heures du matin lorsque le soleil brille. Infréquentable le dimanche jour de marché. Clientèle d’âge mûr assez aisée. Direction peu accueillante quand elle ne vous connaît pas puis se déride (lentement). Fermé le lundi.

LE CESAR : En centre-ville, à côté de l’église. le café n’y est pas très bon mais l’accueil sympathique de certains serveurs sauve la mise. Ambiance enfumée, impression de négligé. Belle voûte en pierre peu mise en valeur.

LE VAN GOGH : Rue Carnot. Manque de lumière. La patronne tient la direction d’une main de fer et aime à le montrer… Clientèle essentiellement masculine.

FISHERMAN : Rue du Docteur Tallet, à gauche de l’Office de Tourisme. Minuscule bistrot complètement rénové. Ambiance sympathique grâce à Corinne et Laurent. Bonne musique et clientèle d’habitués.

LA SALADELLE : Rue Carnot. Restaurant de qualité très inégale avec un service rarement à la hauteur. Salle très obscure, décoration improbable, titres de gloire accrochés aux murs mais qui ne se justifient pas. Quelques tables à l’extérieur mais inconfortables car directement sur la rue Carnot, très fréquentée. Tarifs élevés. Fermé le dimanche soir et le lundi.

LE TIVOLI : Place Gambetta. Tout de jaune vêtu, repas uniquement à midi. Nourriture simple mais de qualité. Tarifs abordables avec ambiance sympathique. Fermé le lundi.

LA ROSE D’ASIE : Quai Jean Jaurès. Spécialités asiatiques. Service soigné et de qualité. Tarifs assez élevés. Ambiance feutrée. Il est prudent de réserver, fermé le lundi;

LOU SOLOY DU LUBERON : Sur les quais. Gastronomie recherchée, service de qualité très professionnelle. Tarifs élevés.

BISTROT DE L’INDUSTRIE : Sur les quais, non loin de la rue Carnot. Bonne ambiance. nourriture excellente. Tarifs corrects. Terrasse très agréable le long de la Sorgue.

BELLE ISLE : Sur les quais. Essentiellement crêperie mais on peut demander la carte. Grande courtoisie, excellente qualité. Tarifs corrects. Ouvert uniquement le week-end.

LE CHINEUR : Sur les quais du côté de la rue de la république. Joli et gastronomie soignée. Cher.

LE COURS : « Chez Claudine » pour les intimes. 3 place Gambetta, sur les quais. Clientèle d’habitués plutôt âgés. Prix très corrects. Entièrement rénové avec une excellente utilisation de la chaux. Jolie vue sur la Sorgue. Fermé le mardi.

LA JOUTE : Sur les quais à hauteur de la rue Carnot. On dit aussi « Le petit vénitien ». Clientèle d’habitués. Ouvert tous les jours.

LE BELLEVUE : 19 quai Jean Jaurès, non loin du partage des eaux. Terrasse très agréable. Ouvert tous les jours.

BANANA CAFE : Sur les quais, peu accueillant. Ambiance vulgaire. Karaoké le soir pour ceux qui aiment…

LE RENDEZ-VOUS : Sur les quais. Sert de comptoir au magasin d’antiquités et de brocante.

GALERIE ANNIE LAGIER :  2 rue du Docteur Tallet  à côté de l’Office de Tourisme.

 

 

 

 

 

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Cher Didier,

Aujourd’hui j’ai ressenti un grand besoin de solitude. Je me suis réfugiée dans un grand jardin que je connais bien. Un jardin plein d’espoir. Le soleil de printemps me rappelle que sous l’écorce morte la sève coule et donne toute sa force pour qu’une nouvelle vie voit le jour.

Je sens le printemps aujourd’hui. je le ressens dans mes veines et j’aimerais avoir la force de laisser faire la nature, oublier ce que je suis, ce que j’étais. Naître. Sensation déjà vécue mais sans souvenir; pourtant je ne veux pas oublier le passé, c’est effectivement lui qui m’a fait. J’en ai besoin. Il est vrai que tout cela confirme ce que tu m’as dit. Tu m’affirmes que c’est le moment, que c’est inévitable. Tu as plus d’assurance sur moi que je n’en ai moi-même. J’ai besoin d’aide, je ne peux le nier. Mais je ne peux rien donner en échange. Si ce nouveau cycle qui se prépare est celui de la liberté, c’est aussi celui de l’indépendance.

Donner à l’autre est un moyen de se prouver sa propre existence. C’est ce que j’ai cru. Aujourd’hui je pense avoir fait une erreur. Mon seul but était la reconnaissance et j’ai honte de cette hypocrisie. Pourtant j’ai toujours été sincère, et je n’ai jamais fait de calculs, mais avec le recul et la réflexion je ne peux que constater un échec, certainement dû à un manque de confiance en moi-même. (…)

                                                                                            Isabelle

 

Cher Didier,

J’ai souvent dû tricher. J’ai besoin d’être sévère et critique aujourd’hui. Je pense que cela est indispensable. Au moins je sais pourquoi j’ai mal. Je ne veux plus me trouver d’excuses ou de prétextes. J’ai vraiment envie de savoir qui je suis, ce dont je suis capable et en être heureuse. Tu me proposes ton aide. Je ne sais pas si cette rencontre est due à la fatalité mais attention je ne veux pas faire de mail, je ne sais pas où je vais.

Le soleil se couche, il fait froid. J’espère que mes propos ne sont pas trop confus. Je n’ai pas l’habitude d’écrire. J’ai juste voulu te livrer quelques réflexions du fond d’un jardin qui m’a toujours été propice à la méditation.

Isabelle

 

Cher Didier,

Me voici de retour dans mon jardin. Je me suis installée sur un tapis de pétales de roses que l’orage a fait tomber sur un muret de pierre. Romantique, hein ! Je viens de laisser JC avec des amis (match de foot oblige !). J’ai eu envie de profiter de ce moment pour m’éclipser et t’écrire. Ces temps de solitude sont rares. A midi nous avons beaucoup parlé avec Jean-Claude. Je lui ai expliqué le malaise que j’éprouvais avec ses amis, plus exactement avec ceux qui le connaissent depuis très longtemps ! J’ai le sentiment de n’être pour eux que sa compagne, c’est à dire sans personnalité propre. Pour eux je suis née lorsque j’ai rencontré JC. Ils ne me questionnent jamais sur mon passé, mes expériences passées. Si j’essaye d’en parler, je ne ressens aucune écoute, aucune réponse. Par exemple, mon voyage en Inde : j’avais 20 ans, j’y suis restée 4 mois. c’était une aventure extraordinaire. Seulement voilà, à l’époque  je vivais dans le milieu de la drogue (celles que l’on dit « dures »), donc pour eux le seul but du voyage était celui-ci, ça efface donc tout (c ‘est sale, c’est dégoutant…). Ce qu’ils ne savent pas c’est que la poudre est rare en Inde, que l’on en trouve que dans une ville Bénarès, et le sachant, nous avions décidé avec Alain de n’y passer qu’à la fin de notre voyage (nous connaissions nos faiblesses…). De plus il s’est immédiatement révélé que l’Inde est un pays tellement extraordinaire que le seul fait d’ouvrir les yeux, les narines et les oreilles apportait tout ce que te donnait (…).

                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Isabelle

 

Cher Didier,

Pour la première fois JC a admis ce état de fait, il m’était déjà arrivé de parler avec lui de cette absence de absence de reconnaissance de mon identité, la conclusion était que j’étais paranoïaque et que je devais faire un effort pour m’intégrer mieux avec ses amis. Peut-être a-t-il compris aujourd’hui car cette fois je ne me posais pas de questions sur ce que je ressentais mais j’affirmais ce qui me semblait une évidence. Je me suis sentie une force nouvelle (de toute évidence un résultat de notre travail). Je pensais beaucoup à toi durant ma conversation avec JC. Plus d’une fois j’ai failli trahir notre complicité. Ce qui m’a retenue c’est certainement que ce temps n’est pas encore venu… Affectueusement.

Isabelle

 

 

Cher Didier,

J’ai tourné un moment autour du téléphone avant de faire ton numéro. Il fallait de toute façon que j’appelle pour mercredi mais je savais que cela entrainerait d’autres choses. Après ce mois de conversation sur le papier, passer de l’oral à l’écrit n’est pas chose facile, et joindre le regard à la parole sera encore une nouvelle étape. 

S’il y a des choses que je peux écrire mais pas dire, c’est parce que je m’efforce en écrivant à traduire une  émotion, une sensation. Avant de trouver les mots, il me faut analyser, comprendre, définir ce qui se passe. L’écriture me laisse le temps de la réflexion. je ne suis pas spontanée mais plutôt réfléchie. La parole peut m’handicaper. Comme tu l’as remarqué beaucoup de silence rythme ma voix (tu les trouves aussi éloquents que des phrases). Ces instant d’arrêts représentent bien le temps qu’il me faut encore pour aboutir à une sérénité toute nouvelle. Ces blancs couvrent également une certaine gêne. Ma confiance en toi est une chose certaine, celle que j’ai de moi n’est pas encore établie. J’ai peur de me tromper de mots pour dire ce que je ressens, j’ai peur de me tromper de mots pour dire ce que je ressens, j’ai peur de ce qui est peut-être mes intuitions, j’ai peur de tricher avec moi-même. Je voudrais pouvoir me laisser aller complètement, sereinement.

C’était la première fois que l’on parlait aussi longtemps depuis mars. Je suis contente d’avoir fait le pas de t’appeler à un moment où moi je pouvais parler. Et peut-être que pour que l’on se revoit, il fallait que ce soit moi qui fasse la démarche d’aller te voir. Ce qui sera fait.

C’est très étrange ce qui se passe avec JC. J’ai l’impression d’être dans un état de confusion totale. Je ne suis pas du tout sûre de moi dans l’interprétation que je fais de ces gestes, de ses écrits. C’est par pudeur que je ne lui parle pas de ces textes qui ne semblent pas parler de moi. Réflexions faites, il y a autre chose : si en fait il parlait de quelqu’un d’autre ou de quelque chose d’autre, je crois que je serais déçue.  Déçue qu’il n’ait pas pensé à moi en écrivant ces mots, des phrases qui pourtant me collaient si bien (puisque je les avais pris comme tels). Ce n’est pas un manque de modestie de ma part, juste le sentiment qu’on manque de compréhension, de regards, existe (je n’ai pas du tout le sentiment d’avoir réussi à dire ce que je voulais — j’y reviendrai).

Quand tu m’as demandé au téléphone ce que représentait ta situation vis à vis de moi, je crois avoir répondu « un accompagnement ». C’est un terme que tu avais toi-même employé. En fait c’est le témoignage de tendresse et de confiance que tu m’accordes qui constitue ce voyage que j’ai le sentiment de faire. J’ai terriblement envie de me laisser emporter. Depuis mon adolescence j’ai souvent un rêve qui revient : me faire enlever… Mais la réalité est autre : il faut je JE m’enlève ! Pourquoi est-ce si difficile, alors que ce que j’ai à quitter sont des choses qui ne me rendent pas heureuse ? Curieux paradoxe… un de plus ! Affectueusement.

                                                                                 Isabelle

 

Cher Didier,

Je tourne en rond comme dans une cage en ce moment. Les week-end ne sont plus des jours de repos. Ce sont des jours comme les autres. Au travail ou chez moi, ma tête est toujours remplie de questions, de souvenirs. Je cherche des réponses à tes questions. Elles sont nombreuses et nouvelles. Je n’arrive pas à transcrire tout ce que je pense. C’est trop confus.

Consciemment je n’ai jamais lié ma sexualité avec l’image de mes parents. Le sexe a été pour moi, en premier lieu un moyen. Un moyen de passer dans la cour des grands. C’était une préoccupation importante pour moi. Mais j’en pleur encore de rage et de désespoir quand je repense à ce gâchis. Je n’ai jamais lié le sexe et l’amour. Je donnerais beaucoup pour effacer certaines choses et recommencer. Comme tu peux le sentir il y a eu un traumatisme. C’est la première fois que j’en fais état. Il est vrai que c’est à demi- mot mais il y a longtemps que j’essaye de fermer les yeux. Les questions que tu as posées m’ont obligée à les rouvrir et la lumière est un peu trop forte. Je suis très perturbée par ce qui m’arrive aujourd’hui. Je comprends ce qui se passe mais j’ai du mal à l’assumer. Quel travail pour être bien !

Tu es là pour m’écrire et me lire, mais je me sens bien seule. C’est une toute nouvelle solitude. Elle me pèse parfois (par le manque de dialogue) mais aussi me réconforte car je me retrouve face à moi-même et je m’étais bien oubliée.  Il se passe quelque chose (socialement ou rationnellement) me fait du mal et pourtant je suis sûre d’être dans le bon. C’est quelque chose de cérébral et de physique. Je ne peux l’exprimer par des mots (je les manie mal). Ce sont des sensations, des émotions qui parfois me mettent au bord du malaise.

Je ne réponds pas aux questions posées. Ce n’est pas une fuite. Je prends le temps. Le temps de repasser le fil de ma vie passée. C’est fou ce que le scénario semble manquer de cohésion. Les images sont riches et variées mais les dialogues sont pauvres. Ca ressemble à un pantomime.

Je crois qu’il en a résulté des erreurs d’interprétations. Les paroles mises sur mes gestes sont parfois fausses et je ne trouve pas le courage de rectifier par des mots. Alors je continue à être ce qu’on croit, pensant même parfois que c’est peut-être les autres qui ont raison. Aujourd’hui j’ai envie de sortir de cette farce. Merci !

Isabelle 

 

Cher Didier,

(…) J’ai beaucoup de mal à dire tout ce que je ressens. Plein de choses s’entremêlent. Je pense au passé, au présent, à l’avenir. Je crois que cette « expérience » me perturbe beaucoup plus maintenant qu’avant, peut-être parce qu’aujourd’hui j’en parle. Cela me fait réfléchir sur mon attitude avec le corps, avec le sexe. Lorsque je disais qu’avec toi j’avais le sentiment de me retrouver, c’est que j’ai tellement vécu dans le silence que cela se transformait en mensonge. J’ai menti avec moi-même, avec les autres. Avec toi j’ai tellement parlé, je me suis tellement ouverte… (…). Et tu vois je pense que ce fantasme que j’avais de faire l’amour avec une femme, tenait certainement dans cette recherche de former un tout. J’imaginais que peut-être une femme serait plus apte à me rassurer, me caresser et que le fait d’avoir le même sexe faciliterait cette sensation de ne faire qu’un avec l’autre. J’aurais été bien incapable de faire le premier pas dans cette démarche. Je ne crois pas que ce soit par interdit social mais en tous les cas il y avait bien un interdit. Aujourd’hui tu m’apportes ce que j’aurais pu chercher dans cette quête, c’est pour cela que mon fantasme appartient désormais au passé. (…)

 

Cher Didier,

Je ne suis pas sûre d’avancer aussi vite que tu le penses. Peut être suis-je impatiente ? Ce qui m’est plutôt inhabituel. Ce à quoi j’aspire, me paraît tellement loin. Je me demande s’il est possible de se tromper sur soi-même. Quelles sont les différences entre les envies et les intuitions ?

Tu me dis que ce travail (psychologique) aboutira obligatoirement à une explosion des structures en place. J’ai déjà vécu ça il y a quelques année, je ne l’oublierai jamais (8 ou 9 ans). J’ai encore le bruit dans les oreilles. Ce n’était pas le fruit d’une conscience psychique mais plutôt corporelle. J’ai quitté le milieu junki à ce moment là. Ca n’a pas été sans mal. C’était, à plusieurs sens du terme, un « sevrage », et là qu’on le veuille ou non, on est seul. Je suis redevenue la même. C’était encorageant mais finalement pas satisfaisant.

Je comprends ce que tu veux dire quand tu parles de mettre à profit les aliénations vécues pour s’élever. Mais je crois que j’en suis à un autre stade. Pour moi il y a des « expériences » qui sont mises à profit quand on les partage. J’ai l’impression en écrivant ça de dire la même chose que toi mais avec d’autres termes. Mais si j’ai du mal à me faire entendre quand je parle de ce vécu, j’ai l’impression que c’est parce que les « autres » ne me voient pas du tout comme je suis. Alors plutôt que m’affirmer, je me tais (ou je pleure !). Ma famille c’est une chose trop simple pour ne pas être compliquée. Il y a peu de temps que j’ai réalisé que mes parents n’étaient pas que des parents mais un homme et une femme. Je fais des découvertes sans arrêt avec ce nouveau regard. Mon père a l’air satisfait, ma mère pas heureuse. Quand je l’observe j’ai l’impression que nous avons le même regard. Mon père a le sentiment d’avoir gagné aujourd’hui (face à la rébellion qui l’opposait à sa famille, qui lui proposait pouvoir et argent qu’il a refusés). Ma mère a fait son devoir (4 enfants) et malgré ses tentatives de vivre aussi pour elle-même, elle semble prisonnière. Je ne m’identifie pas à elle. Je me refuse d’être comme elle. Triste.

Pour ce qui est du dialogue je ne pense pas que ce soit eux qui m’ont empêchée de parler, mais plutôt moi qui me le suis interdit. Je ne sais pas encore, j’y réfléchis.

C’est avec une forte émotion que j’ai lu les observations que tu fais sur le corps, sur mon corps. Tu as dis des choses que je n’aurais pu dire moi-même… par retenue. J’ai donné mon corps mais je ne me suis jamais livrée, je sens un malaise de vivre avec lui. Je ne voudrais être qu’une âme. Et pourtant les caresses du corps me semblent tellement proches de celles de l’âme. J’aimerais aller plus loin dans cette « confession » mais il me semble que j’ai des éléments à mettre en place pour arriver à une certaine sérénité.

Isabelle

 

Cher Didier,

Je ne sais si je suis en route pour la liberté mais toujours est-il que je marche dans un autre état d’esprit. J’ai envie de vivre pour et par moi. Mon attitude avec JC a changé. Je crois que j’essaye de lui donner une nouvelle conscience de moi (et de lui-même). Ca ressemble à un avertissement ou peut-être un ultimatum. La situation est parfois angoissante. Dans cette nouvelle démarche JC est le pion et toi le complice. Est-ce aussi un duel entre rationnel et l’irrationnel ? Suis-je influencée ou est-ce réellement ma propre conscience qui a saisi une perche ? Je me pose beaucoup de questions. Avalée par des années de vie commune (mes parents ou les hommes qui ont partagé des tranches d’existence avec moi), je ne peux me donner de l’importance — à mes propres yeux ou à ceux des autres. Manque de confiance en moi, complexe…? Je sens la nécessité d’une « analyse », sans imaginer ses conséquences. Je me raconte beaucoup à présent et parfois j’ai compris le pourquoi de certains épisodes de ma vie (la prise de drogue par exemple) mais il me manque les solutions.

J’ai grand besoin de parler tous les jours. Je retiens le rendez-vous que tu me donnes mais je ne peux te le confirmer pour le moment. Rien n’est simple pour moi ! Encore ces « obligations » qui me donnent souvent le mal de vivre !

Isabelle

 

Cher Didier,

Hier soir j’ai donc vu mon père. Nous sommes restés ensemble plus de deux heures. Nous avons beaucoup parlé. Il a beaucoup parlé. Il m’a d’abord écouté sans rien dire. Il n’a porté aucun jugement mais a relevé beaucoup de choses qu’il a analysé.

Lorsque je lui signifiais ma déception après la greffe de JC, car j’espérais là un renouveau complet pour notre couple, il m’a fait remarquer qu’effectivement la greffe était bien là pour amener quelque chose de nouveau, elle était l’aboutissement d’un accompagnement, un signe, que je ne m’étais pas trompé sur l’importance de la greffe pour l’avenir mais je n’avais pas imaginé que le renouveau était une rupture.

Je lui ai rapporté aussi le travail de parole que je faisais avec toi. Il pense que c’est quelque chose de fondamentale la parole, que par ce travail il lui semblait que je ne cherchais pas mon identité mais plutôt la reconnaissance de mon identité, recherche qu’il met sur le compte de ma vie commune avec IC où je passais plus de temps à donner qu’à prendre, où je m’effaçais derrière une forte personnalité. Il m’a fait aussi une très rapide et discrète mise en garde sur la parole (en fait il voulait parler de toi), il n’a pas formulé de jugement, il ne te connaît pas, il a juste voulu me rappeler que j’étais influençable et donc de faire attention au pouvoir de la parole qui  peut amener à une autre dépendance (après celle du silence). J’ai retrouvé là les petits discours plein de morale qui ont bercé ma jeunesse et qui avaient le don de me ramener au silence. Je ne lui ai pas révélé ce fait. Je n’ai pas non plus voulu approfondir ce sujet, il me semble que ce n’était pas le moment. J’ai encore besoin de gagner de la confiance en moi pour pouvoir m’affirmer, surtout vis à vis de mes parents.

Il en est venu à parler de lui, de son enfance (c’est la première fois !). Il me disait qu’il avait été considéré toute sa jeunesse comme un bon à rien, un incapable, qu’il en avait terriblement souffert et qu’il attendait sa majorité pour fuir sa famille. Il met sur le compte de la chance le métier qu’il a pu faire. Ce métier lui permettait de vivre avec des gens à problèmes, des caractériels, il se sentait proche d’eux car pensant qu’il avait lui-même frôlé cet état. Aujourd’hui avec la retraite il se retrouve face à lui-même, il m’avouait en être très déstabilisé. Ses crise d’asthme sont revenues, il les met en rapport très étroit avec sa situation psychique du moment. Il m’a parlé de ma mère aussi. Car en fait, ils se voient aujourd’hui comme jamais ils ne l’avaient fait. Plus d’enfants, plus de travail, juste eux deux. Ma mère depuis deux ans ressent de profondes fatigues physiques médicalement inexplicables. Mon père pense qu’il s’agit également d’une réaction du corps dû à ce nouveau passage de leur vie de couple, et essaye d’en persuader ma mère.

Toute cette conversation m’a troublée et rassurée. J’avais le sentiment que tout était dit facilement, simplement, comme par habitude. J’avais déjà eu des conversations avec mon père sur les sentiments, les comportements humains, mais jamais sur les mines ou les siens ! Attendait-il que je parle pour parler ? Une magie de la parole ! Ce que je te rapporte là, t’en apprend autant sur mon père que moi j’en ai appris hier soir. Je ne sais pas si je parviendrai à en savoir autant sur ma mère. Mon père m’a lui-même dit qu’elle ne parlait pas, qu’elle tenait ça de son père et que son entourage lorsqu’elle était jeune pensait qu’elle serait difficile à marier (c’était alors le plus important !) car tellement renfermée et silencieuse. Ca n’a pas été le cas. A vingt-ans elle se marie avec mon père. C’était l’association de deux êtres complémentaires, l’un révolté et l’autre passive. Mais est-ce avec des cris et des silences que l’on fait un harmonie réussie ? Socialement peut-être, affectivement j’en doute.

Je crois que si nous avons tant parlé avec mon père c’est que j’ai touché quelque chose de profond en lui. Ce n’est pas sa fierté comme je l’aurais imaginé, il y avait autre chose. Je ne sais pas quoi encore, mais maintenant que tout a l’air de s’éclaircir autour de moi, peut-être un jour je comprendrai, je saurai.

Cette nuit mon sommeil a été tranquille et reposant. J’ai suivi ton conseil avec JC, tout se détend, le passage à l’acte démarre. JC a parlé avec JF qui lui a spontanément proposé de lui prêter un petit appartement qu’il possède pas loin de son magasin et même de lui payer une voiture. L’amitié de JF est toujours très généreuse. Je ne peux pas te dire si tu as fait partie du sujet de leur conversation, si ce n’est pas le cas de toute façon se temps viendra. Aujourd’hui mon corps et ma tête sont plus reposés. Je pense beaucoup à toi, à notre rencontre, notre semaine. Je suis heureuse. Je t’embrasse.

Isabelle

 

 

Cher Didier,

Face à la question posée par JC (tu n’as rien d’autre à me dire ?), je regrette cette sorte de logique de réponse que j’ai eue. C’est vrai (tu me l’as fait remarquer) que je ne pouvais pas dire autre chose, car ce que j’ai réellement à dire ne peut être exprimé par téléphone. Le regret que j’ai de cette réponse spontanée c’est qu’elle m’a semblé être émise par réflexe. Ce réflexe de défense, de protection, que l’on m’a appris à avoir afin de contrôler mes impulsions, de mieux rentrer dans le troupeau, d’adopter un tempérament tempéré. Là je retrouve une des bases de mon éducation. Cet espace d’équilibre qu’il faut trouver dans la société. Malheureusement c’est au détriment d’une identité. C’est peut-être de là que vient mon silence, mon manque d’enthousiasme dans la vie. Je me suis souvent dit que j’aurais aimé naître plus fougueuse, plus passionnée. Mais aujourd’hui je sens une flamme, je ressens la chaleur. Et c’est tellement agréable que je peux me convaincre que rien n’est joué, qu’il y a des étapes dans la vie. Après une longue ligne droite qui paraissait sans fin me voilà dans un virage. Je ne vois pas encore ce qu’il y a derrière mais je sais qu’il y aura un nouveau paysage. Ca me grise. Je pense à des montagnes.

J’ai toujours aimé la montagne. Elle procure beaucoup de sensations, d’émotions. Enfant, nous allions souvent dans les Alpes avec mes parents. J’aimais bien me promener toute seule. J’aimais l’effort physique qu’il fallait faire, je grimpais pour trouver le coin où je resterai quelques heures à rêver, regarder, ne rien penser. C’étaient de grands moments de vide. Je me souviens maintenant qu’il m’arrivait parfois de m’inventer des histoires pour pouvoir pleurer. Après avoir épuisé mes muscles dans la grimpée, j’épuisais de cette manière une autre énergie. Ma solitude prenait alors la forme d’un grand repos. A l’époque j’analysais pas du tout mes attitudes. Aujourd’hui je comprends ce qui se passait mais je ne l’explique pas. Est-ce important de savoir, pourquoi ? Car en fait il ne s’agit pas que du passé mais aussi du présent. Tu sais le jour de la première lettre que je t’avais écrite de mon jardin, c’était le remake de ce que je viens de te raconter. Un besoin urgent de solitude m’a fait partir de chez moi. Arrivée dans le jardin, j’ai vidée toutes les larmes que j’avais. J’ai pleuré jusqu’à en avoir le souffle coupé. Après j’étais bien, j’étais « vidée ». J’ai laissé la place à un long moment de silence et je t’ai écris. Ce sont des pleurs difficilement explicables. Ce ne sont pas des larmes de chagrin ou de désespoir, plutôt des larmes de « vidange ». Je sais qu’elle sont interprétées souvent comme des pleurs d’enfants (eux ont la chance d’avoir le droit de pleurer ?) ou comme un manque de contrôle. N’y a-t-il que si peu de gens qui pleurent ! C’est triste. Cette sensation de vide intérieur que j’éprouve après avoir pleuré doit être similaire à celle qu’on éprouve lorsqu’on crie de toutes ses forces. Ca aussi c’est un défoulement physique plutôt réprouvé. Ca fait du bruit, ca manque d’élégance. Nous parlions aussi de ces évanouissements. Là aussi il y a quelque chose de difficile à traduire. j’ai essayé de me les remémoriser. En fait il y a des situations très diverses. Je me souviens également des interprétations qui ont été faites. On a mis en cause la puberté (c’est à ce moment que ça a démarré), la peur de la foule (car souvent dans des lieux publics), la mauvaise réaction à la drogue, ce qu’on appelle le mauvais trip (ce qui est alors étrange c’est que c’était sous l’effet de drogue « douce » et jamais avec les drogues « dures ») et enfin les situations inexplicables. J’ai trouvé très intéressant le rapport que tu as fait évanouissement/envol. C’est paradoxal mais ça me semble l’explication la plus rationnelle. Je me sens tellement légère, reposée lorsque je me réveille. C’est un sommeil de quelques secondes qui avale toute l’énergie en trop. Une chose étrange aussi, pendant mes évanouissements je rêvais, des rêves qui qui semblaient durer des heures alors que je restais inerte quelques secondes. La notion de temps disparaît complètement, le corps n’existe plus. C’est une brève liberté. Tu vois dans quel état il faut que me mette pour me sentir libre…

(SUITE LE LENDEMAIN)

Ma nuit a été terriblement agitée. Lorsqu’on s’est quittés hier soir, j’ai eu soudain très froid, j’ai eu envie de te rappeler. Ta voix m’apporte beaucoup de chaleur. J’aurais voulu m’endormir avec toi, même au téléphone. Savoir que tu étais là, avec moi. Tu peux m’imaginer dans ma maison, moi je ne sais pas où tu es lorsque tu raccroches. Ca a peu d’importance dans le fond , ce n’est qu’un support visuel, mais j’ai envie de te voir. J’ai beaucoup pensé à notre rencontre à Paris. Je l’imagine terriblement bouleversante. Je ne t’aurai pas vu depuis deux mois et la dernière fois que nos regards se sont croisés, il n’y a pas eu l’échange qui aujourd’hui nous lie.

Je n’ai pu m’empêcher aussi de penser au regard de Jean-Claude. Je n’arrête pas de redouter ce moment. Cette nuit je ne pouvais imaginer ne pas parler de toi. Ca contredit ce que j’écris mais tu es tellement présent qu’il me semble difficile de ne pas me « servir » de toi. Je n’ai parlé de nous à personne, est-ce Jean-Claude qui sera mon premier confident ?

Je crois bien que c’est la première fois que je parle de nous. Une vraie déclaration ! Tu m’as un peu brusquée pour en arriver là, je ne t’en veux pas, je t’en remercie. S’il me reste encore des hésitations, pardonne-les, il me faut encore du temps. Je t’embrasse.

Isabelle

 

Cher Didier,

Il y a vraiment des moments où je me déteste. Je hais mon manque de courage. J’ai ressentie la force de la parole avec toi et je suis incapable d’en faire usage avec JC. Rien ne se dit, tout est suggéré par des gestes, des regards. J’attends qu’il réagisse, qu’il parle. Je ne dis rien, lui non plus. Pourtant il n’est ni aveugle ni insensible et j’ai parfois l’étrange sentiment que nous avons le même chose à dire. Lequel des deux parlera en premier ? J’aimerais que ce soit moi mais il y a en moi une sorte de lâcheté qui me fait espérer secrètement que ce soit lui. Je travaille tous les jours à ce moment de parole. Je ne veux plus attendre passivement le moment, je veux le provoquer. Il y a plus d’un an que j’attends autre chose de ma vie de couple avec JC. Pendant de nombreuses années j’ai attendu la greffe, elle devait changer le cours de notre vie mais c’était une erreur. Elle a juste changé le rythme de notre vie. Il était idiot d’espérer autre chose. J’ai vécu et partagé sa maladie pendant trop longtemps. J’en suis imprégnée. Il ne voit pas que je suis autre chose qu’un garde-malade, un remonte-moral, une épaule solide. Après tout ce temps, j’avais envie d’un échange, d’une prise en charge, que je me repose. Le greffe ne guérit pas, elle est un sursis. J’ai donc attendu en vain. Tu m’avais dit que c’était une période que je devais vivre (karma humanitaire lié à un handicap physique) et que ce cycle doit prendre fin maintenant. Je ne connais pas l’interprétation des chiffres (l’irrationnel m’est inconnu mais me fascine) mais la traduction que tu as faite se révèle exacte. Toutes ces années je les ai vécues avec des joies et des tristesses, ma sensibilité a été éprouvée de nombreuses fois. Je ne regrette pas ce qui a été, je pense en tirer profit. Mais il est vrai qu’aujourd’hui je me sens à bout de souffle. J’aspire à une liberté qui me fait cruellement défaut. Maintenant je veux être heureuse ou souffrir de mes propres sens. Dans tes premières lettres c’est ce qui me faisait peur. Je craignais pour cette liberté, je voyais une autre cage. Lettres après lettres les barreaux disparaissent. Ca me parait incroyable que j’accepte de plus en plus cet amour que tu me donnes. Au fil du temps il se fait pour moi de plus en plus rassurant. Jour après jour la sérénité prend le pas sur l’angoisse. Le temps qui passe prend alors une nouvelle dimension, ce n’est plus un mécanisme qui compte les heures mais une sensation de revivre. Je te quitte là car mon emploi du temps, lui, ne m’appartient pas encore. Je t’embrasse.

Isabelle.

 

Cher Didier,

Il y a beaucoup de choses que je voudrais dire , mais ma bouche refuse d’obéir. L’ordre doit être un peu confus. J’ai peur de m’engager. Tu n’auras obtenu qu’un timide « moi aussi ». J’en ai pleuré. Je me trouve stupide. Tu vois, il faut toujours que j’interprète mes propres phrases ou réactions d’une manière négative. J’apprends au fur et à mesure de tes lettres et de ets paroles à réagir d’une manière positive vis à vis de moi-même. Pour l’instant, ces moments de confiance en moi sont aussi brefs qu’un éclair. Un moment de clarté fascinante au milieu des nuages noirs. Pourquoi faut-il que je me sente toujours aussi sombre, alors que ce qui m’arrive me rend heureuse ? Tout ça s’est passé tellement vite, et d’une façon tellement bouleversante pour moi. Je n’en reviens pas (et je n’ai pas envie d’en revenir…). Je n’ai pas eu le temps de comprendre et je me dis qu’il ne faut pas que j’y réfléchisse, pas maintenant. J’ai trop peur de moi. Je suis bien capable de me mettre des bâtons dans les roues toute seule. C’est quelque chose que je sais bien faire. Alors je m’efforce de n’écouter que mes premières impulsions et je découvre que ce sont elles qui me donnent du bonheur. C’est drôle j’ai parfois le sentiment que plus je veux prendre les choses simplement plus c’est compliqué pour moi. Est-ce la logique d’un bouleversement ? Tu sais, je t’imagine un sourire attendri quand tu me lis. Tu dois te dire : « c’est pas possible, on revient toujours à la même chose… ».

Je dois avoir le don du sacrifice ! Il me paraît tellement difficile de recevoir tes offrandes. Il m’a toujours été plus facile de donner que de recevoir. Là où j’ai le sentiment d’avoir avancé c’est qu’aujourd’hui j’éprouve la sensation (que je ne refoule pas) que je peux vivre autre chose, autrement. Qu’une évolution (ou une élévation) est réellement possible. C’était quelque chose d’inimaginable pour moi, il y a bien peu de temps. Je passe d’abord par la conscience de moi pour aller vers la confiance. A ce soir.

Isabelle

 

 

Cher Didier,

Ce soir je suis un peu triste. J’avais tellement envie d’avoir conçu cet enfant lors de mon séjour la semaine dernière. Jusqu’à ce soir je pensais être enceinte, c’est quelques gouttes de sang qui m’ont ramenée à la réalité. Mais ne t’inquiète pas ce n’est qu’une déception de courte durée. J’ai une conception tellement étrange du temps en ce moment que j’avais même envie d’oublier que la vie comporte des cycles immuables. C’est vrai qu’il n’y a aucune urgence mais je me sens tellement prête que je voudrais t’avoir auprès de moi chaque jour. Je sais maintenant que nos prochaines retrouvailles à la fin du mois de juin combleront mon cœur, mon corps et mon âme mais pas cette soif de donner la vie. J’ai tellement hâte de donner corps à notre union. Je fais preuve d’une belle impatience (pardonne-moi c’est certainement un caprice très féminin). la sérénité que j’ai acquise ces derniers temps prendra, j’en suis sûre, le dessus. Je saurai attendre le moment que le hasard et les obligations nous accorderont pour concrétiser ce désir qui nous unit.

La photo que je t’envoie, je l’ai prise il y a deux ans en Camargue, c’est l’étang de Vacarès. Je l’ai ressortie des cartons en pensant aux diapos que tu m’as montrées, surtout celles du glacier où l’eau figée par le froid a le même éclat que celle chauffée par le soleil du Midi, plus particulièrement de la Camargue. Cette région m’a toujours renvoyée une sensation de pureté, de silence, de force. J’imagine que la haute-montagne procure ces mêmes situations.

(Après ton coup de fil)

Je me trompe peut-être mais j’ai le sentiment que la baisse de moral d’aujourd’hui était en rapport avec ce que mon corps me révélait. Tu n’en savais rien jusqu’à ce que tu m’appelles mais ne m’as tu pas dit qu’il n’y avait pas de hasard ! Je n’avais pas le courage de t’appeler pour te donner la nouvelle, j’avais peur. J’espère que cela t’as fait autant de bien qu’à moi de parler, d’écouter, d’entendre nos silences. J’avais surtout envie d’être dans tes bras, de me sentir contre toi mais la raison nous impose l’attente et tu as raison cette attente renforce le désir. Je t’aime.

Isabelle

 

 

Cher Didier,

Tu m’as beaucoup manquée hier soir. J’aurais aimé que tu partages avec moi cette soirée d’été. La compagnie était très agréable. Nous avons discuté tard dans la soirée sur la terrasse et sous la lune. La conversation tournait autour du couple, de son harmonie, de son équilibre. Tu sais je n’aurai jamais pu aborder ce sujet en vivant avec JC ou alors il aurait fallu que je sois capable de m’avouer l’effacement dans lequel je vivais. Aujourd’hui je me sens tellement plus vivante, plus présente. P et B m’ont fait une remarque qui m’a vraiment fait plaisir. Ils m’ont dit qu’ils étaient contents d’être venus me voir. Jamais je n’ai reçu des gens dans cette maison (que j’ai toujours considéré comme la mienne) qui soient venus pour moi ou même pour notre couple je crois. La tête d’affiche était toujours la même, moi j’étais à la régie (rôle que je m’efforçais d’assurer au mieux, ma conscience professionnelle…). J’ai beaucoup de mal à imaginer ce que sera la maison avec toi, je suis impatiente. Il y a vraiment des moments où tu me manques. Je t’aime.

Isabelle

 

Cher Didier,

En ouverture voici quelques noms exotiques : Delhi – Jaipur -Ajmer -Udaipur – Puskhar – Ahmadabad – Surat – Bombay – Panjim – Mysore – Bangalore – Madras – Pondichéry – Tiruchechirappelli – Kodaikanal – Madurai – Trivandrum – Cochin – Hyderabad – Allahabad – Varnasi – Luchno – Delhi… J’y joins deux photos. La première, où je suis toute de rose vêtue, a été prise dans les montagnes du sud de l’Inde, dans le Kerala. Alain c’est celui qui a le Longhi (ou dhati) bleu. Les autres personnes sont es compagnons allemands dont je t’avais parlé. Leur emblème est sur le foulard accroché sur le mur. La seconde photo est prise à Bénarès, la ville sainte de l’Inde. Il était tôt, six ou sept heures du matin. Ce sont les marches (les ghats) qui descendent au Gange. Les premiers pèlerins arrivent alors que les gosses sont déjà là avec leurs marchandises, colliers de fleurs que l’on jette en offrande dans le fleuve et pot de terre pour ramener un peu d’eau sacrée. C’est la ville qui m’a le plus marquée. Toute l’Inde se trouve là, dans cette étrange atmosphère où la vie et la mort ne font qu’un. J’aimerais y retourner et avec toi !

Il est vrai que l’on cherche sans cesse des preuves d’amour vis à vis de l’autre et de soi-même. Cela donne l’impression de rendre ce sentiment palpable. Il est difficile de n’écouter que son cœur, que son âme. Mais aujourd’hui il se passe quelque chose. Quand je supporte mal la situation, que je me sens seule, que j’ai envie de toi alors que tu es loin, tout cela me donne le cafard et je pleure. C’est ce que l’on pourrait appeler une preuve de l’amour mais je lui trouve triste figure. C’est lorsque je me sens bien, heureuse de m’occuper de moi, de ma maison, que même le temps qui nous sépare encore ne pèse plus rien. Car il y a alors quelque chose de très léger dans l’air, comme une vibration qui me rapproche de toi d’une façon douce, calme, imperceptible mais vivante.

Le dévouement, le sacrifice de soi, je crois bien le connaître pour l’avoir pratiqué quelques temps. Mais c’est une disposition du corps et de l’esprit que je ne peux vivre avec toi. Je peux me donner à toi, je le ressens de plus en plus fort, parce que tu me donnes beaucoup, il y a un tout qui se forme, dans nos phrases, nos silences, nos actes amoureux. C’est cela qui me permet d’affirmer que je t’aime sans besoin de justificatifs sociaux, rationnels. Je t’embrasse.

 

Cher Didier,

J’ai l’impression de mal commencer la semaine. Je n’arrive pas à me remonter le moral, je me sens vide, énergie. Hier soir après notre conversation je me sentais encore bien triste, j’aimerais tellement t’avoir avec moi. Je ne vais pas t’inquiéter sur mon état moral, il est dans une mauvaise passe mais je le connais il est costaud et n’attend qu’une petite étincelle pour se rallumer. Il faut que j’arrive à dominer mon désir, à vivre cette solitude qui prend parfois des tournures pesantes. J’ai envie de me sentir bien, de me sentir mieux. Tu sais par exemple je pense beaucoup à la cigarette, j’ai vraiment envie d’arrêter. Mais même en ayant conscience qu’elle me fait mal (en le ressentant physiquement parfois), il y a un besoin que je ne contrôle pas ou plus. C’est difficile à expliquer surtout à un non fumeur. Le fait de penser à la cigarette (même en en pensant du mal) me donne une envie irrésistible d’en allumer une. J’aimerais comprendre, j’ai besoin que l’on m’aide. C’est pour ces choses là (comme beaucoup d’autres) que le fait d’être seule arrive à peser terriblement lourd parfois.

Ce soir je suis sûre d’une chose. Il faut que je vive cette mauvaise passe. C’est le prix du changement. Je l’ai choisi, il me faut l’assumer. Jamais je n’ai regretté ce qu’il se passe, jamais je ne le regretterai. C’est une certitude qui me fait du bien. Lorsque mon moral chute, c’est parce que je me sens seule. Je pense très fort à toi dans ces moments là pour te sentir le plus près possible. Cet éloignement est cruel. Parfois j’aimerais que ceux que je connais ici m’appellent, passent me voir, m’invitent pour tromper ma solitude.

Cet après-midi j’étais bien, la confirmation de Paris, l’argent que l’on m’avait versé pour le boulot, il faisait beau, j’avais reçu ta lettre, je t’avais eu au téléphone… et bien j’ai trouvé le moyen de me faire du mal et de replonger dans mon cafard. C’est pour cela que je te disais qu’apparemment je ne peux rien faire contre cet état, je dois y « passer ». Me sentant en forme je suis passée voir la mère de JC pour parler un peu. Elle m’a demandé de lui expliqué ce qu’il s’était passé. JC lui a très peu parlé et elle n’arrivait pas à comprendre s’il s’agissait d’une dispute passagère ou d’un non-retour. Il lui semblait que tout allait bien entre nous. Je lui ai alors expliqué ce que nous vivions réellement, de quoi était fait notre couple et que la conclusion que j’avais donnée à notre histoire était une chose simple, naturelle et bénéfique. Je nuis pas sûre qu’elle ait bien compris ou admis cet état de fait qui pourtant me semble évident. Elle m’a avouée être terriblement inquiète pour son fils,  pour sa santé physique et morale. Alors j’ai passé plus d’une heure à la rassurer, à lui démontrer que JC était constamment entouré d’amis très vigilants pour lui tenir le moral à la hausse, et même pour l’aider dans  la vie quotidienne, matérielle. Qu’il ne devait pas y  avoir un jour où il n’était pas invité quelque part, que beaucoup de monde s’inquiétait de le savoir au mieux. Plus je  tentais de rassurer plus je me sentais m’enfoncer dans la déprime. L’impression d’être abandonnée et la confirmation de n’être qu’une ombre, pour tous les gens que je citais pour leur compassion devant ce qui arrivait à JC. Même en l’ayant vécu depuis de nombreuses années, cela me fait encore très mal de me le voir affirmé. Vivement la fin de ce mauvais karma. Mais je t’en prie, ne t’inquiète pas pour moi. Ce que tu peux faire c’est de m’écouter, me parler, m’aimer. Si je ne t’avais pas je serais certainement encore dans mon silence et bien plus malheureuse qu’en ce moment. Les préparatifs pour une nouvelle « aventure » sont toujours délicats, il faut savoir faire le tri, emporter que ce qui est nécessaire, vital. Je fais mes valises en ce moment et je souhaite les faire les plus légères possible pour te laisser les emporter. Les regards que je jette autour de moi sont certes douloureux mais y prendre du bénéfice. Ils m’aident à comprendre qui je suis en me montrant les autres.

J’ai beaucoup aimé le document que tu m’as envoyé. Le petit texte accompagnant le bulletin d’abonnement m’a même fait du bien : « Prenez des couleurs », quand on déprime il fait du bien et les trois derniers mots « faites la vie » ne peuvent mieux tomber comme message ! « L’entrevue » est très riche en renseignement sur toi, sur ton travail. Quelques questions :

— J’aimerais que tu me parles de ce mouvement perpétuel auquel tu crois…

— Est-il vrai que tu n’as aucun goût pour la paternité ? Certaines « créations » ne te rendraient-elles pas agréable le sentiment d’en être le père ?

— Tu ne m’avais jamais parlé de ce « Dictionnaire du singe en zone urbaine et rurale », j’espère le voir un jour.

— « Je suis un solitaire qui aime les limites », cette phrase me laisse un rêveuse, pourrais-tu m’expliquer de quoi sont faites ces limites ?

En descendant en juillet, n’oublie pas ta casquette d’expert es-marketing pour ton rendez-vous au « Tiroir à meubles » ! Il n’est pas si facile de libérer son imaginaire, la cage est parfois solide. Travailler sur l’idée demande, me semble-t-il, une grande assurance de sa pensée, de son esprit (certitude qui me fait défaut et qui m’a toujours fasciné chez toi !). J’ai beaucoup aimé cette idée de voyage. J’imagine que sur ton canard gonflable tu étais déjà parti pour ton tour du « monde ».

J’ai commencé cette lettre la larme à l’œil, je la finis avec le sourire. La nuit sera bonne. Je t’aime.

Isabelle. 

 

CORRESPONDANCES IC – DC

 

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