E N T R E T I E N S

En lien avec DIDIER COFFY

 

ENTRETIENS I

Albert Mairel et Didier Coffy, 17 juillet 2017.

AM – Didier Coffy, bonjour. Nous allons passer un moment ensemble pour parler d’Astrolabe et de vos travaux de recherche. Pour ce premier enregistrement, je vous propose de nous entretenir sous forme de dialogues à la façon du piéton voyageur auquel vous êtes particulièrement attaché. Personnellement j’essayerais de suivre le mieux possible votre philosophie en me positionnant dans le rôle d’un explorateur comme il vous plaît de développer dans vos démarches. Si vous le voulez bien Didier Coffy nous pouvons commencer à cheminer vers Astrolabe. Et pour commencer je vous propose d’aborder ce qui caractérise vos découvertes et la création de votre œuvre.

DC –  Oui… alors ce qui caractérise mes découvertes et mes créations…  et bien je pense que depuis toujours c’est le besoin d’explorer, de rechercher, d’enquêter, il y a quasiment une obsession vitale pour essayer de comprendre ce qu’il y a derrière, derrière les choses, derrière les gens, et cela dès que j’ai commencé à lire. Le départ c’est quand même la littérature, c’est les mots. En même temps je suis gêné par le mot « œuvre ». Quand vous dites « votre œuvre »…  mon œuvre, ça me paraît bien grand, je n’ai pas conscience du chemin parcouru, pas du tout. En fait je n’ai fait que ça depuis toujours, je ne sais faire que çà, donc en même temps je ne sais rien faire.  

AM – J’ai utilisé le mot œuvre volontairement parce que l’œuvre c’est une façon de créer, de façonner, ça prend du temps, Une œuvre prend du temps, des réajustements, on pourrait parler d’ouvrage. Si vous le voulez bien poursuivre…

DC — En même temps que le mot œuvre je pense au latin, « opus » qui est très lié à l’esprit alors que l’œuvre en tant que travail c’est « labor », le labeur. En fait je me sens plus dans le labeur, le type  qui creuse indéfiniment mais enfin bon on peut utiliser le mot œuvre.

AM – Vous le remplaceriez par quoi en ce qui vous concerne ?

DC – Un espèce d’acharnement, quelque chose de l’ordre de l’obsession. Si vous voulez il y a eu très tôt, mais vraiment très très tôt, je ne vais pas donner un âge mais disons vers 15 ans… 16 ans.. le sentiment qu’il fallait que je me débarasse de quelque chose et après seulement je pourrai commencer à vivre en quelque sorte. Le problème c’est que, je suis en train de m’en rendre compte, ça m’a pris toute la vie ! Il faut que je me réapproprie dans le site les 8 rubriques, donc les thèmes,  il y toujours la même réappropriation, de Soi, du Vivant, du Comportement, du Territoire, etc… Ce mot de réappropriation est très important parce que je me suis rendu compte pour moi-même il fallait que je me réapproprie le monde qui m’était donné.  Pour que je le bouleverse et non que je le détruise, bouleverser c’est transformer sans altérer. Il fallait donc que je me réapproprie avant de pouvoir construire quelque chose. Et je me suis rendu compte beaucoup plus tard, notamment avec les ateliers, que toute personne avait besoin  de se réapproprier. Plus elle était enfermées dans quelque chose plus elle avait besoin de trouver de la lumière (les différentes applications essayent d’apporter cette lumière), plus elle arrivait à se réapproprier son espace. Le mot réappropriation est vraiment un mot-clé.

AM — La réappropriation permet la transformation ?

DC – Oui, oui… la réappropriation permet de trouver son chemin, elle permet d’être soi-même. Quand je dis Astrolabe Compendium, l’Astrolabe c’est l’outil d’exploration caractéristique de Christophe Colomb, le Compendium c’est le centre de soi. Donc plus je vais chercher le centre de moi-même plus je vais trouver ma direction. Et le centre de moi-même je le trouve en créant cette interaction entre monde spirituel et monde matériel.

AM – Aujourd’hui Didier Coffy, comment peut-on trouver le centre de soi-même ?

DC —  C’est à dire comment je fais pour aider quelqu’un qui est enfermé dans quelque chose… comment je fais ? Je pars du principe que la personne doit trouver un mot, mais ça peut être une forme ou une couleur…,   le mot qui lui convient là à l’instant où l’on parle. C’est ce mot qui lui vient du cœur, du centre de lui-même et que moi je ne peux pas lui imposer, il n’y a que lui qui le sait. S’il le sait ça veut dire qu’il y a quelque chose qui parle en lui et c’est ça que j’essaye de faire monter en lui, c’est cette parole intérieure. Il faut donc un point de départ qui n’est qu’en lui-même et quand vous êtes face à quelqu’un qui est enfermé, la personne va vous dire « vous allez me trouver la solution à mon problème » et bien non je ne vais rien trouver. Par contre je peux vous mettre entre les mains un outil qui peut l’aider, et ça part du mot. Votre mot  aujourd’hui à l’instant c’est celui de15h20 mais si je vous en demande un autre à 15h22 cà va encore être un autre mot. C’est exactement comme la position du soleil, puisqu’on est avec un Astrolabe,  le soleil bouge tout le temps. Le mouvement est la clé, il n’y a pas de vie s’il n’y a pas de mouvement. Alors que si je vous impose le mot, je décrète à votre place  et je fige la chose dans ce que moi j’aurais décidé.

AM — Est-ce que quelque part, la façon dont vous le proposez, s’apparente à une démarche analytique voire psychothérapeutique ?

DC — On peut l’entendre comme ça mais si on me dit çà… comme je ne veux pas être enfermé dans un statut..!

AM — (rires) J’ai bien dit « s’apparente… ».

DC– Oui alors on peut le voir comme ça mais si j’enferme autrui dans une démarche analytique ou psychothérapeutique je vais avoir, par rapport à la personne, une position dominante. Elle va me cepervoir comme celui qui sait, ce qui est catastrophique parce que je n’en sais pas plus.

AM — Vous voulez l’inverse ? On peut dire que vous souhaitez plus être un accompagnant qu’un modèle.

DC — J’apprends plus de l’autre. Je crains plus… disons qu’il y a une lutte permanente entre une position hiérarchique institutionnelle et en même temps la dimension, on va dire horizontale. Entre le vertical et l’horizon c’est la dualité de l’Homme.

AM — Si je résume votre positionnement on peut dire que vous aimez d’avantage être un transmetteur, que quelqu’un qui apprend à faire quelque chose, à travailler…

DC —  Je pense que je ne suis qu’une passerelle, le mot passerelle me plait bien. Dans un groupe ça ne marche jamais aussi bien que quand je ne sers plus à rien.

AM — Un principe pédagogique universelle. Comment vous savez que ce que vous faites ne sert vraiment plus à rien ?

DC —  Parce que les gens se débrouillent tout seuls. Il y a quelque chose qui se passe, jc’est de l’ordre de l’innommable. Oui quand je n’existe plus, c’est formidable.

AM — Et à partir de ce moment là vous estimez avoir réussi ?

DC — Disons que ma fonction s’arrête là.

AM — D’accord.

DC — Avec tout ce travail c’est un moyen d’arriver à être un bon à rien.  Il y a rien de pire que d’être représenté comme quelqu’un qui sait.

AM –– C’est intéressant votre expression : « on a réussi quand on est plus bon à rien », c’est bien ça… comment peut-on définir le rien ?

DC — Devos a de très bon textes là-dessus ! Trois fois rien… quand vous avez fini ce sentiment d’accompagnement, il y a un sentiment de liberté. Si vous voulez quand on reprend le principe du Compendium, sa définition, qu’est-ce qui fait centre au fond de soi-même ?  C’est à dire quand  reliez votre démarche spirituel avec le monde matériel, le temporel, à l’intersection le Compendium est là.  Il s’y passe quelque chose mais le lieu est innommable. Un lieu non définissable. Quand j’ai fini mon travail, quand je suis justement devenu un bon à rien, c’est que la personne ou le groupe a trouvé son intersection. Et dans ce « truc », si je peux m’exprimer ainsi,  il y a de l’indéfinissable. On parlait de psychanalyse, de thérapie… moi  je ferais plus une comparaison avec un jardinier qui accompagne la croissance, qui taille et arrose mais qui surtout n’emprisonne pas la plante. J’ai un peu ce rôle là, je me vois plus comme ça.

AM –– D’accord, et toujours par rapport au principe Compendium quand on vient vous voir  comment se passe la première rencontre ?

DC –– Alors comment ça se passe… quand ce sont des groupes il y a une charge institutionnelle assez lourde, il s’agit d’obtenir un résultat ce qui est effroyable, ça alourdit les choses. Je casse donc la charge institutionnelle, si on me dit avec ce groupe il faut que tu obtiennes une exposition par exemple. Ce sont en général des personnes qui ont un mal fou  à penser qu’ils vont réussir quelque chose, alors si déjà on leur annonce le résultat final qu’elles sont tenus d’obtenir avant même d’avoir commencé, c’est terrible. Pour les personnes à titre individuel, je passe mon temps à dire que je vais servir à rien . La personne vient en me demandant de résoudre les choses à sa place, donc je passe un temps assez long à lui dire que justement elle n’est pas tombée sur la bonne personne !   C’est donc d’abord un moment de surprise et de déception et puis petit à petit, même assez rapidement, je leur demande « donnez-moi un mot ».  Parce que si elle reste dans ce raisonnement, je suis venue je paye je veux obtenir quelque chose… on ne va jamais y arriver.  Il faut casser ça en créant un dérivatif. Il y a  une phrase du philosophe Leibnitz qui dit  » une communication ne doit jamais être directe, elle doit toujours bifurquer ». Passer par autre chose pour atteindre son but.  Il faut donc créer de la bifurcation, et cette bifurcation en demandant à la personne… donnez-moi un mot.  Alors la personne est très surprise, elle ne comprend pas sauf si elle connaît ce que je fais . A partir de ce mot là, je lui demande de développer… pourquoi.. et là elle va « lâcher » quelque chose et commencer à s’ouvrir,. Elle était totalement fermée, un cercle, je sens qu’elle va dire quelque chose d’important.  Et là, hop, je m’en saisis car elle va forcément me donner des éléments intéressants. Il y a d’autres techniques, avec le dessin et l’autoportrait par exemple. Là aussi il y a beaucoup de gens qui vont me dire « je ne sais pas dessiner », je réponds « on s’en fiche ». Après beaucoup de contorsions, quand la personne arrive à se dessiner elle va souvent en parler énormément. Elle ouvre des portes, elle ouvre des choses. Il faut avoir tous les sens éveillés pour repérer. Il y a un peu un boulot de flic dans mon travail, d’enquêteur, repérer tout ce qui fait signe dans la personne. Le corps, la façon d’aborder les choses… ca parle énormément.

AM –– D’après ce que vous dites, je fais le rapprochement avec des techniques qu’on utilise en créativité, des techniques de déblocage, de recherches d’idées, d’informations… Il y a un peu de ça, ce que je voudrais vous demander c’est : qu’est-ce qu’il y a de plus dans ce que vous faites que les techniques dites traditionnelles dans l’aide à l’expression ?

DC — Toute production avec l’accord de l’auteur rentre dans le « chantier ». C’est à dire qu’en participant vous pouvez participer à quelque chose de beaucoup plus collectif où chacun amène sa contribution. On construit quelque chose ensemble, moi je ne suis qu’un élément parmi d’autres. Je ne suis pas propriétaire de ce que j’ai inventé, pris à droite et à gauche.

AM– C’est très important ce que je viens d’entendre, lorsque vous parlez d’invention. Si invention il y a comment vous allez la qualifier dans ce que vous présentez aux personnes qui  vont pouvoir travailler avec vous ?

DC — Comment je présente l’invention ?

AM — Vous êtes bien au cœur…

DC — Je ne la présente pas comme une invention.

AM — Il me semble avoir entendu le mot invention !

DC — Je la présente comme un chantier qui se construit.

AM — Un chantier collaboratif ?

DC — Un chantier collaboratif …

AM — Dont vous êtes le facilitateur.

DC — Oui, le sous-titre c’est « chantier permanent de mémoire collective ». Je tiens au mot chantier parce que ça exprime le travail, ce n’est pas un produit fini puisqu’il ne finit jamais, d’où le mot de « permanent ».

AM — Dans le travail collectif ou  collaboratif il y a un partage, Est-ce que ça veut que dans ce qui est fait dans les groupes avec vous, le travail n’appartient qu’au groupe ou Est-ce que ça peut être livré, présenté, partagé par ailleurs ?   

DC — Oui, bien sûr. Moi dans mon travail individuel j’ai toujours un mal fou à signer, tant les choses que j’ai exposées ou écrites, mettre mon nom est quelque chose de très pesant.  Un dictionnaire n’a pas d’auteur, tous les textes anciens qui se transmettaient oralement n’avaient pas vraiment d’auteur. Il se perdait dans la multitude des transmissions. C’est naturel chez moi. La personne qui participe peut utiliser un pseudo, les gens tiennent beaucoup à leur appellation c’est normal.  Si vous prenez le Compendium couleurs qui est une autre technique, avec le système « 1 mot 1 minute » à l’aide d’un smartphone, vous avez 1 minute au téléphone pour envoyer via un SMS le mot que vous avez choisi, à n’importe quel moment du jour et de la nuit,  à la ou les personnes connectées au projet. En le recevant on répond ou ne répond pas, on rebondit sur le même mot ou sur un autre. Cela ne doit pas perturber la vie quotidienne, on choisit aussi sa couleur pour se différencier. Pendant deux ou trois je l’ai expérimenté avec différentes personnes, on produisait énormément…

AM — Oui, selon les rythmes…

DC — Voilà.

AM — Est-ce que ça pourrait être un outil de travail ?

DC — Bien sûr, ça peut accompagner un group ou une personne.
AM — Vous pourriez le développer auprès d’un chef d’entreprise ou un manager… comment ils pourraient utiliser  cette façon de procéder, je ne sais pas comment l’appeler, cette application ?

DC — 1 mot 1 minute ne peut être que hors séance, c’est quelque chose qui est dans l’air… la relation de la personne avec sa vie quotidienne, ça ne doit pas l’accaparer. Par rapport à un groupe, une entreprise ou autre, oui je verrais bien 1 mot 1 minute qui peut continuer au-delà d’une séance…

AM —  Je vois là une application du chemin heuristique, le choses apparaissent en fonction de la pensée…

DC — Dans le texte sur la synergie, je parle de ça.   Le nomadisme est lié au territoire, c’est totalement différent de l’errance. Quand vous avez devant vous quelqu’un ou un groupe que vous ne connaissez pas du tout, il faut un peu briser la glace. Il y a des choses qui marchent mieux que d’autres, je suis arrivé à en sélectionner . L’histoire de l’autoportrait, le mot qu’on choisit  mais aussi la troisième chose qui est importante, la réappropriation de son propre espace. Arriver à prendre une feuille de papier, là aussi pas besoin de savoir dessiner,  représenter l’endroit qui vous plait le mieux. Ca peut être votre maison, votre chambre, votre cuisine, votre jardin, la rue… mais aussi un lieu complètement imaginaire. C’est très important : où est-ce que je suis, où est-ce que je vis… ce sont des éléments fondateurs.

AM — Est-ce qu’on peut qualifier ça d’habitude, de routine… est-ce que quelque part ça peut freiner le travail d’exploration d’être attaché à des zones de confort ?

DC — Encore une fois, il faut que je crée un décalage. Il faut que j’arrive à surprendre la personne, pas pour le plaisir de la surprendre, pour l’aider à faire apparaître toute sa richesse qu’elle ignore. L’aider à trouver cette lumière qui va lui indiquer son chemin, elle est elle-même un Astrolabe sans le savoir. Il faut la déstabiliser et les applications sont des outils de déstabilisation, l’air de rien. Avec les autoportraits je demande aux gens de se dessiner, ensuite j’en fais des cartes postales, chacun a sa carte postale, puis je les rassemble et les imprime, ça en fait une image collective.  Chacun est à la fois unique et multiple donc avec une conscience de soi et une conscience de l’autre. J’en fais également une affiche (genre cinéma) que je mets dans la salle et j’ai toujours été très surpris qu’à la séance suivante, quand les gens se voient, ils vont tout de suite voir où ils sont . Le groupe commence à échanger autour de cela, ça a un effet que je n’imaginais pas.

AM — C’est très puissant.

DC — Très puissant ! Et j’ai remarqué que les gens de couleur ne se représentent pas en couleur. Tout le monde est pareil et pas pareil. Je leur dit qu’ils sont libres et que s’ils veulent se représenter par un objet ou un animal, c’est possible. Comme le mot choisi, vous pouvez l’inventer ou ne garder que le son. Ca peut être une expression, peu importe, l’essentiel est qu’il faut un point de départ.  

AM — En fait il n’y a pas de consigne précise, le mot peut être quelque chose qui n’existe pas.

DC — Tout à fait. La personne est un coffre à jouets dans laquelle elle doit piocher.

AM — Ca peut être un mot étranger …

DC — Tout est possible.

AM — En fait le mot importe peu… 

DC — C’est le signe qui compte
AM — Votre travail consiste à développer, relier tous ces signes. Est-ce qu’on peut dire que vous travaillez sur-mesure et que les méthodes et les techniques importent peu, sauf les techniques qui sont les vôtres…

DC — Sur-mesure est un mot-clé. Ce qui m’intéresse ce sont les gens pas conformes même si en fait personne n’est conforme. Chacun a sa singularité donc il faut retrouver ce qu’il y a d’unique dans la personne. L’aider ensuite à se construire un « habit » qui va lui permettre d’évoluer, donc l’habit doit être à sa taille. Me concernant, tout ce chantier depuis 40 ans, c’est pour arriver à me débarasser de quelque chose qui doit me permettre ensuite de vivre dans le monde, même si ça m’a pris plus de 40 ans ! J’essaye de trouver pour chaque personne ce qui lui convient le mieux.

AM — Le vocable de réappropriation me semble très intéressant car si je comprends bien votre philosophie, la vie est faite de successions de réappropriations et pas forcément d’abandon. Ca peut être des déclics à un moment donné mais qui sont toujours partie intégrante.

DC — La vie est une suite de petits traumatismes qui désapproprient la personne.

AM – Ces personnes qui viennent vous voir, les séances comment se passent-elles ? Ce sont des séminaires…

DC — Pour les séances individuelles, c’est 1h30 jamais plus. C’est une règle que je me suis fixée même si c’est passionnant au bout d’1h30, sur quelques mois. E au bout de trois ou quatre mois je sens l’obligation d’arrêter.

AM — C’est vous qui décidez ?

DC — Oui, je le sens. Soi parce qu’on plus rien à se dire soit parce qu’il est nécessaire de faire des pauses. Et puis on se revoit quelques mois plus tard, jamais je n’ai suivi quelqu’un pendant un an.

AM — Est-ce que, je dis le mot comme il est, Est-ce que ça vous froisse de parler de coaching dans ces conditions (rires), c’est un peu provocateur !

DC — De ce que j’ai vu ou entendu du coaching, j’ai toujours l’impression que ce sont des personnes qui se présentent en étant sûres d’en savoir plus. Je ne me sens pas là-dedans, alors on peut utiliser le mot mais c’est vrai que ça ne correspond pas.
AM — On peut l’utiliser à la condition de contextualiser…. il y a des mots qui sont des raccourcis pour expliquer quelque chose de complexe. Vous avez raison le mot coaching fait très peur, il induit souvent des fausses promesses. J’ai l’impression que dans votre travail ce qui est fondamental c’est l’éthique et le respect de l’intégrité de la personne.

DC — Oui, « integritas » en latin c’est le tissu intérieur, ce qui fait notre trame qui est facilement altérée à chaque instant.

AM — Très concrètement, qu’est-ce qui reste à une personne après un travail avec vous ?

DC — De ce que j’ai pu remarquer, il y a des personnes que ça a aidé sur le moment, d’autres non mais je suis toujours très prudent quand on me dit « c’est un échec ». Pour moi le mot échec n’existe pas, il y a des choses qui se débloquent beaucoup plus tard et que  parfois je ne saurai jamais. Quand je lis des biographies, il y en a qui disent « ah… ça été le tournant de ma vie, j’ai rencontré la personne qui a changé le cours de ma vie, etc… ». Je n’y crois pas du tout, tout est une question d’appréciation. Comme en montagne où certaines montagnes vont vous apparaître plus hautes que d’autres alors que ce  n’est pas le cas mais que tout est lié à votre position. Il y a une illusion d’optique, dans la vie vous avez vraiment l’impression que telle chose ou telle personne a été déterminante. Et puis en vieillissant, vous vous rendez compte que c’est beaucoup plus compliqué que ça et  que parfois des choses qui semblaient anodines ont joué un rôle extrêmement important. C’est fonction de comment on avance, comme l’Astrolabe sur le bateau. Rien n’est défini. 

AM — Est-ce que ça signifie qu’on travaille uniquement sur des représentations cognitives, des cartes mentales ets-ce que ces cartes sont projetées sur papier… parce que les instruments de navigation c’est aussi avec une carte, des instruments de mesure… qu’est-ce qui reste à la personne, un livre, une autobiographie, un carnet de notes ?

DC —   Quand ce sont des groupes, il y a toujours une obligation de laisser une trace. Par exemple sous la forme d’un dictionnaire ou autre chose… et ça circule énormément. En milieu scolaire, sur un an, à intervalle régulier je réalisais un document qui circulait et je me suis aperçu qu’il circulait dans les familles où les parents et les grands-parents voulaient apporter leur contribution. Il y a ainsi un côté intergénérationnel auquel je n’avais pas pensé au départ. Quand ce sont des personnes individuelles, j’ai une habitude : je leur fabrique au départ un petit carnet, uniquement pour eux. Et je leur achète des crayons de couleurs. Au début il y a beaucoup de surprise mais je m’aperçois au fil du temps que ça leur sert de référence. Ensuite ils le gardent, on peut aussi poster des choses sur le site. Le carnet est leur support mais plus le mien. Il y a une dimension affective, je leur l’ai vraiment fabriqué. J’achète des feuilles blanches, je fais les couvertures, je le fait relier…  je le fabrique de A à Z, je ne vais pas au supermarché du coin. Cà participe de l’échange.
AM — On peut dire que c’est très symbolique et impliquant en même temps. Quand vous dites que ça renvoie à une dimension très personnelle, le carnet devient sa boite aux trésors.
DC — Oui, c’est intime.
AM — Ca incite à projeter sur papier ce qu’on a envie d’y mettre. C’est très intéressant, ça renvoie à la question que je posais tout à l’heure qui renvoie à la notion d’œuvre, quelque j’ai l’impression que vous êtes artiste, créateur d’images, on peut appeler ça des arts plastiques, une discipline des arts plastiques !

DC —  J’ai souvent exposé de la calligraphie mais ça fait partie d’un tout

AM — Vous pouvez en parler un peu… dans la présentation de votre site, il y a des extraits de lettrines, vous les faites vous-mêmes ?

DC — Oui mais si une personne me dit… est-ce que je peux proposer telle calligraphie, telle lettrine, je dis oui bien sûr. Je ne rêve que d’une chose c’est que mon travaille « disparaisse ».
AM — Vous voulez dire qu’il ne soit pas identifié…

DC — Quelqu’un qui veut se réapproprier ce secteur du site trouve mon assentissement.

AM– C’est très fort comme philosophie. Généralement on a tendance à développer un instant de propriété, artistique, intellectuelle, matérielle. Ca signifie que vous êtes dans le détachement

DC —  Je ne sais pas… c’est quelque chose qui est totalement naturel chez moi. Je ne signe jamais. J’ai des affiches quand j’étais en Russie, des affiches à mon nom,  ça me gêne énormément.

AM — Vous avez commencé à travailler sur un mot pour vous-même ?

DC — Non, ça ne s’est pas fait comme ça. Cà s’est fait, ça remonte loin, ça s’est fait par le pastiche. Comme je lisais énormément, je me suis dit je vais essayer d’inventer une bibliothèque que j’appellerai « bibliothèque invisible » avec comme principe celui d’apprendre à respecter les grands auteurs (Proust, Flaubert, Hugo…) et apprendre à écrire comme eux, leur style, etc… C’est pour cela que je suis très intéressé par les faussaires…  Apprendre cela, c’est la première étape. Ensuite la deuxième étape c’est m’introduire subrepticement, par exemple dans l’œuvre de Victor Hugo, en imitant Victor Hugo mais en racontant ma propre histoire. Aller chercher dans l’oeuvre, les romans, etc… l’endroit qui convient à mon histoire, enlever le morceau original et le remplacer par le mien. Ni vu ni connu, je suis rentré dans l’œuvre, et si j’ai bien pastiché, personne n’y voit que du feu ! On peut ainsi « gonfler » les œuvres  célèbres en les piratant complètement mais avec le plus grand respect, ce que j’appelle une bibliothèque invisible. Après le pastiche, j’ai compris la puissance du mot, je me suis intéressé à la numérologie, la Lettre, la symbolique de la Lettre, etc… et c’est là que j’ai compris que quand je choisis un mot, par exemple là aujourd’hui le mot « crayon », le C a une symbolique, le R a une autre symbolique, etc… et l’ensemble va traduire quelque chose de moi à l’instant où je l’ai formulé. Quand vous dites un mot, ce n’est jamais le hasard.
AM — Ca une double signification, consciente et inconsciente. Est-ce qu’après le travail que vous proposez, on n’utilise plus les mêmes mots ou on les utilise à meilleur escient ?

DC — C’est à dire ?

AM —  Si  le mot ne correspond plus à sa symbolique, je ne l’utiliserai plus… Est-ce que ça va jusque là ?

DC —  Non non, ça ne va pas jusque là. Si la personne me donne le mot « crayon » je ne vais pas lui demander pourquoi elle a choisi ce mot, ni une explication. Mais je vais l’aider à dire à quoi elle associe le mot crayon. Et là peut utiliser d’autres techniques, ses crayons de couleurs, pour prolonger…

AM — Associer d’autres mot à mesure qu’elle développe d’autres associations.

DC — Et là je vois bien que ça la change. Ce qui était totalement enfermé s’ouvre complètement, mais c’est imprévisible. Il y a des personnes qui mettent des semaines, parfois des mois. On peut les retrouver complètement transformés entre deux séances, en bien ou mal, parce qu’entre temps elles auront vécu d’autres choses.

AM — C’est une communication très socratienne !

DC — Oui… disons aussi osthéopathique ! A partir du moment où on rétablit l’origine de la structure, ensuite il y a la vie. Vous oubliez que pour porter une charge, il faut le faire d’une certaine manière. Vous allez  à nouveau mal vous asseoir, etc…

AM — Si vous le voulez bien Didier Coffy, on peut aborder un chapitre de votre site assez interpellant, au sens de la signification des vocables, en particulier le chapitre que avez consacré à « l’opération du Saint-Esprit » ! Vous voulez nous en parlez un peu, ça me paraît très accrocheur, très significatif ! Il y a beaucoup de messages !

DC — L’opération du Saint-Esprit c’est l’opération qui se combine à l’intérieur de la personne. Quand je lui demande un mot, elle « fait venir » en elle  quelque chose qu’elle ne connaît pas. Elle fait apparaître, ce que l’om appelle une épiphanie (apparition, en grec…), dans son cheminement une intersection entre le temporel (le moment où l’on parle, le jour, l’heure…) et l’intemporel quelque chose qu’elle ne maîtrise pas et qui est de l’ordre de l’esprit. C’est le point d’arrivée et le point de départ, si le mot arrive en elle ça déclenche aussi  quelque chose de nouveau, de nouveaux territoires. C’est la métaphore de Christophe Colomb avec ses nouveaux territoires, pour se connaître et s’y reconnaître.

AM — Vous pensez que c’est comme cela qu’on le perçoit… j’ai pensé aussi que c’était une métaphore pour expliquer ce que vous développez ensuite. Est-ce que vous pouvez nous parler des différentes « merveilles » en cercle de la galaxie Compendium, il y en a deux, comment se combinent-elles ensemble ?

DC —  Quand vous choisissez votre mot, il vous fait apparaître quelque part dans les 8 rubriques, cette étoile à 8 branches thématiques. Vous êtes parachuté dans une rubrique. Cette rubrique, par exemple la 2 liée à l’Identité, va constituer votre première découverte (votre premier voyage intérieur) de ce territoire connu et inconnu qui est le votre. Dans ce monde de l’Identité, vous voilà dans votre première galaxie. Chaque rubrique a 8 applications, 8 exercices concrets, vous choisissez celle qui vous convient, qui permettent de « nourrir » la rubrique au moyen de votre production. La première galaxie c’est le premier cerce immédiat, on pourrait dire primaire mais c’est un peu péjoratif. Si vous continuez à creuser en vous, vous allez rentrer dans un deuxième cercle qui est le fruit de votre transformation. Plus vous évoluez  plus vous prenez de la distance par rapport aux évènements, aux éléments.  Dans la rubrique 8, celle de la Connaissance dans la première galaxie devient celle du Savoir dans la deuxième galaxie.  Quand est-ce que le Territoire (rubrique 4)  devient Environnement ? Quand Est-ce que le réel se fait spirituel ? Plus on s’éloigne des choses plus on devient proche d’elles…

AM — C’est un peu les lois de la transformation. Vous indiquez 64 applications, aujourd’hui vous en êtes où dans la réalisation ?

DC —  Ces 64 applications je les ai toutes testées, elles sont en cours d’installation sur le site. Treize seulement sont installées.  Oui 64 en tout puisqu’il 8 applications pour chaque 8 rubriques.

AM — C’est un travail colossal. Entre 64 et les 13, combien de temps vous donnez-vous pour les terminer ?

DC — Qu’est-ce que vous appellez « terminer » ?

AM — Disons que c’est sans fin !

DC — Les installer n’est rien, l’année prochaine ce sera terminé. puisqu’elles sont toutes testées
AM — Est-ce que ça veut dire que le temps presse ?

DC — Oui. Il ne pressait pas avant mais je trouve qu’il presse de plus en plus.

AM — Bien, vous allez vous affairer très rapidement ! Sans faire une analyse sémantique je vois que vous attachez beaucoup d’importance à l’image de par vos créations, les illustrations dans les outils que vous remettez et également le vocabulaire. J’ai presque envie de dire que votre vocabulaire donne envie de voyager, c’est l’effet recherché je pense.

DC — Il n’y a pas un effet recherché, c’est ce qui me vient…

AM — Elle est poétique en même temps.
DC– Si c’est vous qui le dites !

AM — (rires) Il me semble ! Il faut creuser, votre travail arrive presque à comprendre vos mots.

DC — Peut-être…

AM — C’est mon impression ! Le temps passe très vite en votre compagnie. On va conclure, je vous en laisse le soin… de dire ce qui vous semble essentiel dans la démarche et l’intérêt du travail de ce type.

DC — Ce qui me passionne c’est le travail sur la personne et le travail collectif. L’unique et le multiple, le singulier et le pluriel. Il y a quelque chose qui est très proche d’un mot, même s’il est un peu à la mode, c’est celui de développement durable, de la biodiversité. Dans la nature, rien ne se perd tout se recycle   indéfiniment, tout se recycle. C’est un peu le principe de l’Astrolabe Compendium. Il n’y a pas de jugement, que vous écriviez mal ou que vous dessiniez mal…. du coup comment peut-on utiliser tout ce qui fait traces ? Je suis très attaché à la notion de traces, donc comment recycler indéfiniment pour mettre en forme et en valeur une mémoire collective ? Jamais en ne la consommant pour mieux la jeter, personne ne sait mieux que l’autre, comment crée-t-on une mémoire vivante ? La mémoire est toujours présente. Je ne sais pas si j’ai répondu à votre question…

AM — Vous avez répondu comme vous le souhaitiez et j’ai bien compris que ce n’était pas l’essentiel de donner des limites. Avec vous le mot limite n’existe pas !

DC — « Chantier permanent » !

AM —  Vous travaillez sur une sémantique très construite, très élaborée. Ca m’amène à vous poser une dernière question : sur l’idée d’encyclopédie, Est-ce que ca signifie que les travaux doivent aboutir à une nouvelle forme d’encyclopédie ?

DC — Oui, ce n’est pas pour rien que les rubriques sont thématiques, c’est à dire reprennent ce qui fonde un individu et une société (Soi, l’Identité, l’Environnement, etc…) avec une question : comment penser une encyclopédie aujourd’hui  ? Je ne vais pas dire face à un groupe de personnes, on va faire une encyclopédie sinon ca va casser l’ambiance… dont c’est de l’ordre du non-dit alors que le travail qui est produit révèle des choses non seulement de la personne mais de la société. Moi je crée le décor, je ne suis qu’un réceptacle. Oui, en filigrane il y a une volonté encyclopédiste.

AM — C’est ce qui ressort de vos travaux, qu’il soient collaboratifs, symbolistes ou répondant à des définitions précises… ils touchent la personne dans son Absolu mais aussi dans ses représentations, conscientes ou non. Ils constituent un nouvel outil proche de l’utilité d’une boussole.
DC — Quand le sujet donne un mot c’est son zénith, sa lumière. Je tends alors un fil pour lui faire rejoindre son Nadir, sa zone d’ombre. Le mot choisi renvoie aussi bien à votre lumière intérieure qu’à votre partie plus sombre, (qui n’est pas péjoratif ici) vous avancez avec ces deux jambes, il faut jouer de ces deux choses. C’est comme marcher sur un fil.
AM — Merci Didier, je pense qu’on peut en rester là.

DC — Merci.

 

ENTRETIENS II

Albert Mairel et Didier Coffy 15 août 2017

 

AM — Didier, bonjour.

DC — Bonjour.

AM— Nous poursuivons nos entretiens avec beaucoup de plaisir et si vous le voulez bien nous allons aborder aujourd’hui des éléments fondamentaux dans votre réflexion mais qui sont aussi au cœur de vos travaux et de vos activités de recherches. Peut-être pouvons-nous commencer par le concept de mouvement dans votre travail et tel que vous le concevez.

DC —  Il y a mouvement quand la parole… disons le mot on va prendre le mot… on a dit précédemment que le point de départ, la géolocalisation de la personne c’est le moment où elle trouve son mot ou un tableau, un morceau de musique, etc… enfin bref quelque chose qui vient de l’intérieur d’elle-même et qui ne lui est pas imposé, ça c’est très important. C’est cela qui casse quelque chose, crée une ouverture et c’est ça qui fait le mouvement. Quand c’est un groupe c’est ça qui « forme » le groupe, l’identité du groupe apparaît quand les mots créent le mouvement. Et cette ouverture elle vient dans le processus de géolocalisation de ce que j’appelle « l’opération du Saint-Esprit ». C’est à dire l’intersection entre le temporel et le spirituel. Le temporel c’est à dire le moment où je décide de choisir un mot et l’intemporel c’est à dire le mot qui me vient de quelque part en moi et qui n’appartient qu’à moi. 

AM— Est-ce que vous pouvez développer cette notion liée à l’Opération du Saint Esprit ? Je ne suis pas sûr qu’on comprenne bien les liens que vous faites vous ?

DC — L’opération du Saint Esprit c’est une figure liée au Centre. Quand j’ai commencé à travailler sur le Centre je me suis souvenu de ce que disait Roland Barthes sur le Point, le punctus en latin. C’est à dire le centre, quasiment du monde. Et il explique que quand vous prenez une photo (un paysage, un portrait, peu importe) vous croyez prendre une image globale en fait vous ne voyez qu’une seule chose de la personne ou du paysage. Et ensuite votre regard mais aussi le regard des gens qui vont regarder cette photo  va « s’enrouler » en quelque sorte autour de ce point. La vision globale n’existe pas, il y a une vision spiralique en quelque sorte qui va vous permettre d’englober quelque chose. Je suis parti  de cette constatation : voilà que le centre est quelque d’unique  et en même temps, là je reviens à l’Astrolabe époque Christophe Colomb  où il calculait la position du bateau aussi bien avec ce qui était en Haut (l’intemporel) que ce qui était en Bas (le temporel). Quand on prend la position d’un bateau, celle-ci va tout le temps varier car le bateau et le soleil ne restent jamais en place, donc dans le chantier si là je vous demande un mot  et que je vous en redemande un autre dans cinq minutes celui-ci ne sera pas le même. C’est ça l’opération du Saint-Esprit, une manière de figer quelque chose qui n’est pas figeable, c’est de donner du sens à quelque chose qui n’en a pas…

AM — Une connotation religieuse ?

DC —  Non non pas du tout (rires)…

AM — Alors une métaphore, une transcendance quelque part… est-ce que ça va dire que tous ces mots qui sont « nés » par l’opération du Saint-Esprit, entre horizontalité et verticalité, s’incarnent dans quelque chose de sacré ? 

DC — Dans le chantier, donc quelque chose qui se construit, vous avez plusieurs rubriques, vous avez 64 applications, ça veut dire que vous avez une boite à outils, vous choisissez l’application qui vous convient le mieux et moi je ne sais pas à l’heure où l’on parle celle qui vous convient le mieux.  Donc quand quelqu’un trouve son mot, c’est quelque chose qui lui appartient. Si je lui disais écrivez sur tel mot, ça n’aurait aucun sens. C’est parce que ça vient de l’intérieur qu’il y a ouverture puis mouvement. 

AM — Et le rôle de la mémoire ? On sait que les mots se dissocient les uns des autres, qu’est-ce qu’ils deviennent ces mots ?

DC — Et bien ils rentrent dans le chantier, en particulier dans le Dictionnaire. Tout le monde sait ce qu’est un dictionnaire, dans toutes les langues, c’est une classification universelle mais aussi toutes les autres applications, au nombre de 64 qui constituent la mémoire…

AM — C’est une mémoire collective.

DC — Oui, c’est un chantier permanent de mémoire collective. Ce qui destabilise c’est le « permanent » parce que ça exprime une idée de mouvement perpétuel. Chantier, ici une construction qui ne se termine jamais contrairement à l’habitude.

AM — Est-ce que vous avez un exemple d’application en entreprise, que vous avez déjà réalisé ou qui peut être transposé…

DC —  En entreprise, non. Mais je m’attèle à de l’appliquer en entreprise. Certes il y a un jargon d’entreprise mais le public d’une entreprise ou d’une mission locale ou d’une bibliothèque c’est tout pareil.  Ca reste l’être humain avec ses spécificités.
AM — Je voudrais savoir si on peut faire un exemple comme ça, une simulation si vous voulez . Rien que quelques minutes pour voir, je vais vous dire un mot et vous allez me dire ce que vous allez en faire, sachant que je me présente à vous en découvertes et en explorations.

DC — Le problème c’est qu’on a pas les applications sous les yeux.  Ce que je vais en faire moi, en fait pas grand chose c’est vous qui allez travailler… De ce mot vous allez en faire un texte ou un dessin…

AM — Par exemple vous savez que j’aime l’ornithologie…

DC — Au départ je ne suis pas censé le savoir… au départ je ne sais rien. Imaginons qu’on soit dans la première séance, on ne se connaît pas. Je vais vous demander de prendre une feuille de papier  et un crayon. Vous allez vous dessiner, c’est à dire faire un autoportrait.

AM — Le mien…

DC — Le votre. Vous avez l’interdiction de faire un selfie, c’est un dessin tel que vous vous voyez. L’autoportrait est un exercice de l’application « autoportrait » de la rubrique 2, réappropriation de l’identité. La rubrique 1 c’est la réappropriation de Soi et la 2 celle de l’Identité. Votre autoportrait je vais le mettre avec les autres autoportraits de la rubrique existante. Si vous faites partie d’un groupe, les autres feront pareil et on fera des cartes postales puis une affiche. Ca va vraiment construire notre groupe. Après l’autoportrait, la deuxième étape c’est comment vous voyez votre espace, intérieur ou extérieur. Vous allez prendre une autre feuille de papier et un crayonet dessiner l’espace qui vous « parle » le plus. 

AM – Ca peut être complètement abstrait.

DC — Bien sûr, imaginaire… quelque chose où vous n’avez jamais vécu, ça peut être la rue, un pays, etc…

AM — D’accord. 
DC — Et ça je vais, comme ça fait partie de la 3em rubrique celle qui est consacrée à la réappropriation de l’Espace, l’application « Cartographie imaginaire des quartiers », vous allez vous réapproprier votre espace à vous et rejoindre cette application, et je vais relier tous ces espaces pour en faire des mosaïques (carrées ou rectangulaires) que nous mettrons au mur de la salle. Comme cela chacun pourra consulter cette carte puzzle. Carte qui peut se modifier car à tout instant vous pouvez rajouter un morceau de puzzle. Votre autoportrait vous pouvez en faire plusieurs, idem pour le mot. A 15h10 vous vous d’une certaine façon mais 15h20 vous vous voyez autrement… vous pouvez donc faire 10 000 autoportraits de vous-mêmes. Ensuite vous allez vous occuper de votre signature, ce que j’appelle « la nuit de la signature » (application de la rubrique 2) parce que je les imprime ensuite en négatif (écriture blanche sur fond noir) pour des raisons graphiques, plus intéressantes à traiter ainsi pour des expositions. Vous faites votre signature mais pas forcément celle que vous utilisez dans la vie de tous les jours. Là aussi vous pouvez en faire autant de fois que vous voulez. Ca va constituer votre « état-civil » en quelque sorte, réel ou imaginaire, donc votre entrée dans le chantier. Et puis après vous allez consulter les applications et choisir celle qui vous convient le mieux. En général j’insiste plus sur l’application « Dictionnaire », ça donne souvent beaucoup d’idées, on peut aller écrire sous le mot du voisin permettant de constituer un corpus assez intéressant. Si vous choisissez l’application « carte postale », vous récoltez autour de vous des restes, tout ce qui d’ordinaire se jette (tickets, brouillons, morceaux de cartons, pubs, etc…), finit à la poubelle, ce qui est considéré comme sans valeur… et vous en faites une carte postale sous forme de collages. Votre carte postale de voyage, celui que vous faites dans le chantier. Désormais vous allez pouvoir, à travers les applications, parler de votre relation au corps, à la maladie dans « Encore le corps », la relation au vêtement avec « Vie(s) du vêtement », etc… on découvre des choses incroyables. Tous les sujets sont abordés, les 8 rubriques balaient toutes les thématiques, votre relation avec les animaux (« Arche de Noé »), le « masculin/féminin » dans la rubrique 2, qu’est-ce qui fait que vous êtes masculin et pas féminin mais avec une part féminine. On peut donc aborder tout un tas de sujets, je n’ai pas tous les titres sous les yeux. Vous avez de quoi vous occuper ! La cuisine par exemple avec « Le goût de la langue » dans la rubrique 5. Quand on a la logistique pour ça, il s’agit de réaliser un plat que vous n’avez jamais osé réaliser. C’est comme pour le dessin où se fiche de savoir si vous savez dessiner, là peu importe si vous savez ou non faire la cuisine. Ce qui m’intéresserait c’est de proposer à des chefs étoilés, surtout pas un plat qui est à la carte. Quelque chose que vous n’avez jamais osé faire mais qui est en vous. Toujours pareil, faire ressortir, remonter ce qui est en vous. On touche tous les domaines, d’où la dimension encyclopédique du chantier. Une encyclopédie touche tous les domaines. A travers son introspection, la personne donne une vision de ce qu’elle est aujourd’hui en 2017, un reflet de notre société. 

AM — C’est le reflet d’elle-même, déjà… Ce que vous dites me fait penser à un travail qu’on peut comparer à une démarche de développement personnel

DC — Oui

AM — Je crois savoir que vous ne le qualifiez pas comme ça (rires)…

DC — Si vous voulez connaître le fond de ma pensée, les questions de développement personnel n’existeraient pas si nous n’avions pas un problème avec le langage qui crée une faille, un vide, et comme on dit la nature a horreur du vide….  il y a des petits malins qui s’en sont emparés et en ont fait un busines. C’est la preuve d’un aveu d’échec, même si je n’aime pas le mot échec. Si on reprend la question du mot dans le chantier, ar rapport au problème de langue française on sait qu’on peut travailler plus facilement sur le mot, la phrase, le vocabulaire, la grammaire, l’orthographe, etc… à partir du moment où quelque chose « sort » de la personne. Celle-ci corrigera beaucoup mieux ses erreurs de syntaxe, de vocabulaire, corrigera les fautes à partir du moment que le texte vient d’elle-même. Alors que si je lui impose, ce sera beaucoup plus difficile. On ne peut plus transmettre comme avant, il y a un problème de mouvement, de rapidité. La technologie qui implique que « ici »est « ailleurs » (c’est d’ailleurs une application)modifie d’un clic notre relation à l’espace donc à l’autre. La prochaine grande étape c’est la relation à la pensée et beaucoup de chercheurs, en particulier américains, y travaillent : la relation à la pensée quand votre ordinateur va pouvoir détecter votre pensée. On « gagne » encore du temps, on « resserre » de plus en plus l’espace. Je m’intéresse de près quelque chose qui est en train de se développer et qui va arriver et qu’on appelle « l’HYPER LOOP ». C’est un moyen de transport pour aller encore plus vite, au point que la notion de transport va disparaître. Vous rentrez dans une capsule, comme une fusée, mais à l’horizontale. Même si on va très vite avec un TGV on a compris que ce qui ralentissait c’est le frottement de l’air. Là on supprime le frottement de l’air puisqu’on est sous vide en quelque sorte. Vous ne voyez rien du paysage et vous faites Lyon – Saint Etienne en… 8 minutes !  On peut donc parfaitement imaginer que voyager deviendra similaire à un mail avec l’ordinateur, d’un clic en quelque sorte vous partirez de Lyon pour vous retrouver à Saint Etienne ! Plus la distance est longue, disent les spécialistes, plus ça peut aller vite. Quand on pense à ce qu’était la notion de voyage au XIXem siècle et ce qu’elle est train de devenir… Inexorablement ça bouscule la relation à l’objet, aux autres, à la pensée…

AM — Je suis perplexe sur pas mal de choses, vous soulevez des points qui caractériseront sûrement les génération futures , peut-être pas les deux prochaines mais c’est peut-être une projection d’ici plusieurs siècles, j’étais un peu dans cet espace là en vous écoutant…

DC — Je ne suis pas certain que ce soit des siècles.

AM — Cà peut être beaucoup plus rapide que ça ? Cà nous renvoie à une question que vous avez abordée, ce paradoxe entre la parole et la technologie, le temps de l’apprentissage, le temps de dire les choses, le temps de les transmettre aussi donc les nommer. On peut supposer que cette accumulation de vitesse peut tuer quelque part la pensée… ce n’est pas ce que vous êtes en train de dire ?

DC — Absolument. Par définition la langue française est une langue difficile, son apprentissage demande une certaine lenteur. On voit bien qu’on a balayé ça et ça n’a  jamais eu l’air d’inquiéter alors que c’est la mémoire, les racines donc la pensée. A partir du moment où vous maîtrisez mal le langage, vous maîtrisez mal les outils pour traduire votre pensée, donc on échange mal et ça joue sur la démocratie. On sait très bien que l’extrémisme se sert beaucoup de ce manque et abuse des cerveaux mal éduqués, c’est terrible. 

AM — Dans l’histoire des civilisations pourtant le langage s’est toujours modifié…

DC —  Je ne suis pas défaitiste, je ne dis pas vive le bon vieux temps mais le problème c’est celui des origines. J’ai un peu étudié l’affaire et j’ai observé que par les médias, la multiplications des chaines de tél, internet, etc…  il y a un abaissement du niveau de langue et qui n’inquiète pas la hiérarchie. Prenez par exemple la météo à la télévision à une heure de grande écoute, il y a certains spécimens, je citerai pas leur nom, c’est effarant… leur langage n’a pas dépassé le CP ! Je me souviens d’une personne qui a aujourd’hui près de 70 ans, une des « voix » d’Europe 1, Julie. Elle raconte qu’elle est rentrée à Europe 1 dans les années 60 , elle a commencé par faire les cafés et puis un jour on lui a demandé de faire la pub pour remplacer la personne qui était malade. Elle n’a jamais quitté depuis cette époque. Elle dit qu’elle n’a jamais fait d’études  mais elle toujours fait attention, dit-elle, de parler français correctement. Elle parle à des dizaines de millions d’auditeurs chaque jour, la plupart n’ont pas fait d’études. Le seul lien qu’ils ont avec la langue française c’est la radio ou la télé donc, précise-t-elle, je me suis appliqué à faire des phrases simples et correctes pour simplement transmettre. Il y a bien un problème avec l’origine de la langue, donc son apprentissage, c’est pour cela que je parlais de langue maternelle. Le côté hors sol du rapport à la langue, on s’en fout etc…, me pose problème. Comme la langue n’est qu’une longue et incessante transformation permanente, je me demande bien ce que ça peut donner, je n’ai pas la réponse…

AM — Oui c’est encore un peu une fiction, dans deux ou trois siècles on ne parlera plus le même français qu’aujourd’hui. Si on compare le français du XVIIIem  à aujourd’hui, c’est très dur de lire un texte. Je sais que l’UNESCO travaille beaucoup là-dessus, en particulier l’intérêt d’une langue universelle comme on le voit sur les claviers d’ordinateurs mais ça ne suffit pas pour la qualifier de langue, ce sont plus des signes. Dans ce que vous dites je vois un domaine d’application, il y a beaucoup de pédagogie même si vous ne le développez pas comme ça, pourriez-vous en faire une application dans l’enseignement…

DC — Ca déjà été fait, j’ai même démarré dans les écoles

AM — Vous pouvez nous parler un peu de ce que vous avez fait ?

DC — Il y a bien longtemps (rires), j’avais un peu l’idée de tout ça. Je ne l’appelais pas chantier ni encyclopédie mais je cherchais à faire un atelier d’écriture. Donc j’ai démarché auprès de différentes écoles, et j’ai été admis dans une école primaire, c’était en région parisienne, et on m’a dit « qu’est-ce qu’on met comme titre ? ». Je ne savais pas et comme sur une étagère il y avait un gros dictionnaire, j’ai « dictionnaire » ! Je savais pas du tout comment j’allais organiser mon affaire. J’ai échafaudé dans le bureau du dictionnaire la méthode, lui pensait que c’était au point depuis longtemps (!), et c’est allé très vite. Vous choisissez un mot, vous écrivez dessus, vous échangez si vous voulez. A cette époque il n’y a pas encore d’ordinateur dans toutes les écoles, c’était encore la machine à écrire ! Chacun choisissais sa police de caractère, sa couleur aussi et c’est petit à petit que les choses se sont développées. Le Dictionnaire aujourd’hui n’est qu’une application parmi 64, à l’époque le Dictionnaire il n’y avait que ça. Après j’ai été dans d’autres écoles, dans le Nord, le Sud… en Russie aussi , etc… on m’appelait « le monsieur du Dictionnaire » ! A Brignais où je suis resté deux ans, c’est toute l’école qui participait, le journal Le Progrès s’était intéressé à l’affaire et avait fait des articles dessus et dans la rue certains parents d’élève me lançaient « ah… voilà le monsieur du dictionnaire ! ». C’est comme ça que j’ai fait évoluer l’idée à travers des écoles et des régions très différentes. Ensuite je l’ai élargie à des missions locales, des associations puis aux cafés avec une méthode en libre-service. Le Dictionnaire a donc servi de laboratoire pour mettre au point toute la stratégie de l’encyclopédie. Je me suis rendu compte que ça parlait à tout le monde . Le mot Dictionnaire au départ impressionne car ça semble savant mais ça a l’avantage que tout le monde connaît.
AM— C’est aussi un raccourci, quand on regarde une définition ça envoie toujours vers une autre définition. On travaille beaucoup sur des représentations, c’est un peu le travail que vous faites.
DC — Oui, c’est d’abord un réceptacle mais ça sert aussi à autre chose, du théâtre par exemple.   Dans une école, tiens on va mettre ça dans le Dictionnaire dans le cadre de leçon de science naturelle, etc… ca sert de livre de classe, de mémoire de l’école. Quand un élève n’a pas envie de participer, il a le  droit à condition de travailler au chantier, il fait du classement, il rentre du contenu dans l’ordinateur…  il faut qu’il ait une fonction. Il est intégré au système.

AM — Il vous arrive de rencontrer des gens qui sont inhibés ?

DC — Il y a plus souvent que des gens inhibés au départ ! 

AM — Par exemple le fait de créer son autoportrait ?

DC — Au fond il  a toujours les mêmes réactions. Au départ c’est… ah… bof… et puis qu’est-ce que c’est qu’un autoportrait, les gens confondent avec un selfie. Je leur dit qu’un autoportrait c’est comment vous vous voyez, comment vous pensez que les autres vous voient. Ils me répondent… « je sais pas faire… » et puis finalement ils y arrivent. Je n’ai jamais eu un participant qui ne l’a pas fait. C’est comme le mot au début, choisissez… « oh ben je sais pas…, je n’en connais pas de mot »

AM — Surprenant (rires) !

DC — On a des réactions surprenantes ! Je leur dit mais vous pouvez aussi en inventer, ou trouver le son d’un mot qui vous plait…

AM — Là vous ouvrez vraiment…

DC —  Et il y en a même qui me demandent « le mot table, j’ai le droit ? »…. Le « j’ai le droit » c’est très fort ! Au bout de quelques semaines, ça passe. 

AM — C’est le travail de démarrage…

DC — Oui, pourquoi je commence par l’autoportrait parce qu’il n’y a pas besoin de penser, déjà on a quelque chose (le fameux syndrome de la page blanche)…

AM — D’une manière générale on a tendance à toujours objectiver, à rester dans des normes…

DC — La notion de prof reste toujours prenante, « est-ce que c’est noté ? » me demande-t-on souvent. Il faut casser tout ça. Après quelques semaines, ils commencent à se sentir à l’aise et ils me posent des questions « vous êtes qui ? »…. Je ne suis pas le prof mais je leur fait faire du français, je suis un peu animateur mais pas l’animateur officiel, je ne suis pas leur copain non plus, je n’autorise pas le « tu ». Je suis donc un espèce de truc bizaroïde… et là on peut avancer.
AM— En somme vous êtes mosaïque ?

DC — Plus j’ai des groupes perturbés (en réinsertion, qui ont quitté l’école ou ont des problèmes avec la justice),  la présence des 64 applications sont très utiles. La variété des choix peut s’adapter à chaque cas, je peux donc faire varier les possibilités. Tiens celui là aujourd’hui il est pas bien, je vais plutôt lui proposer ça. Une heure plus tard ce sera autre chose, plus la personne est perturbée plus elle varie, elle change. Je fais du sur-mesure.

AM — Il vous arrive de vous tromper de « couture » ?

DC — Oui bien sûr. On développe un chantier, tout est possible à tout instant et qui s’enrichit au fil des séances. On peut mettre dans la salle une boite pour recueillir du « matériau ». Chacun peut se rendre compte qu’il participe à une aventure, il n’y a pas de début et pas de fin.  

AM — Il y  a un peu un mystère pourtant, d’emblée ils peuvent se représenter ce qu’apportera ce travail ? 

DC — Non… non… je ne peux pas dire qu’il y a un mystère.
AM — D’emblée ils peuvent se représenter ce qua va apporter ce travail ?

DC — Oui, assez vite. En moins d’un mois ils sont très attentifs à ce que ce travail ne soit pas abîmé. Comme c’est un document, il faut que ce soit concret, et pas seulement sur écran, ce document va circuler dans les classes, dans les familles. Il y a une dimension transgénérationnelle, je me souviens dans un village de Dordogne la libération du pays pendant la guerre  avait été très animée à la libération. La mémoire du pays était très marquée par cet épisode, donc s’est retrouvée dans le Dictionnaire. Le jeune qui l’avait rapporté avait un peu arrangé les choses et son grand père a rectifié en lui disant qu’il ne s’était pas passé ce qu’il croyait et le grand-père a écrit la vraie version. On est vraiment dans l’identité, ça leur appartient. Donc on le défend, je pense qu’ils protègent plus ça qu’un cahier . Quand c’est dans un café, c’est encore autre chose. C’est un lieu publique, je l’ai installé dans plusieurs endroits. Ca dépend quels cafés, je l’ai fait dans des cafés dits littéraires, en général je n’aime pas trop car c’est trop intello moi ce qui m’intéresse ce sont les gens qui n’ont pas accès à l’écriture. La méthode est différente, j’installe un chevalet dans un endroit un peu calme du café et je fabrique un carnet aux couleurs du café (le « l’habille » !) avec un crayon et une notice que j’affiche. Elle explique comment faire, vous avez envie d’écrire et bien choisissez un mot, etc… Toutes les semaines ou tous les quinze jours je prends les éléments du carnet et je les retranscris pour former des pages avant de les exposer sur le chevalet. Vous avez des gens qui n’ont jamais été exposé et qui se retrouvent là, certains m’ont dit « je n’ai jamais été exposé, c’est pour les artistes… Quand vous relisez le carnet qui est devenu un livre public, vous suivez toute l’actualité… on voit le 11 septembre, les critiques sur le président de la république du moment, etc… tout ce qui fait mémoire dans la société,  vous avez les  histoires personnelles, il y en a qui écrivent que c’est dans ce café qu’ils ont arrêté de boire, il y a aussi les rencontres amoureuses… c’est très émouvant. Ca n’appartient qu’au café, je n’emporte jamais le carnet. Quand aux pages agrandies, ce sont des grands formats comme des pages encyclopédiques, les traces de ce qui s’est passé dans un café à un moment donné.

AM — Et si l’on revient au monde de l’entreprise dans ce que vous avez développé d’une manière méthodologique, est-ce qu’il y a des aspects personnels qui peuvent apparaître dans ce travail là qui est un travail libre et dans l’entreprise… il y a une frontière, la vie privée.

DC —  J’ai déjà pensé à cette question. Je pense que ça va faire comme pour le reste. Ca va sûrement beaucoup bloquer au départ et ensuite il s’agit de parler de soi-même. La personne sait ce qu’elle veut dire d’elle-même aux autres. Il y a une pudeur qui est respectée. Le principe du Compendium c’est d’être une clé qui ouvre quelque chose à l’intérieur de soi, ce qu’il y a de l’autre côté ne me regarde pas. Je mets cette clé entre les mains des gens, et bien ils vont ouvrir. Et ni le patron ni moi ne pourront rien contre ça. Sachant que tout ca se construit dans et hors de l’entreprise.
AM — Ce qui se fait hors de l’entreprise rentre-t-il dans l’escarcelle de l’entreprise ?

DC — Qu’est-ce que vous appelez l’escarcelle de l’entreprise ?

AM – Les résultats qui en sortent dans le cadre de l’entreprise… dans le travail des participants il y a des zones sensibles, très personnelles, que la personne ne souhaite pas voir restituées par exemple…

DC — C’est un peu comme dans une école, il y a un cahier des charges. Il faut obtenir tous les six mois quelque chose. En dehors des six mois, il s’écrit et se dessine des choses.

AM — Dans tout ça il y a un travail assez émotionnel, or dans l’entreprise les émotions sont assez limitées. Très souvent la dimension liée à l’Etre aujourd’hui encore ne trouve pas véritablement sa place. On est plus dans le paraître en utilisant des mots qui veulent réguler l’être, c’est totalement artificiel. 

DC — Justement le chantier est une tentative pour réintroduire de l’être sinon ça n’a pas d’intérêt. 

AM — Beaucoup de gens ont été échaudés, en particulier dans les années 80, des années au cours desquelles la psychologie a fait son apparition, en particulier entre 75 et 85 la période d’or de la psychologie,  ça a fait beaucoup de dégâts et d’un point de vue socio professionnel ça été prétexte à des licenciements  abusifs… 

DC — Je ne suis pas certain que ce soit de la psychologie…

AM — Oui mais ça touche quand même à la psychologie, ça atteint quand même une dimension introspective…

DC —  Je ne cherche pas à obtenir un résultat, je pense à une mission locale. J’ai un cahier des charges où on me dit « il faut que tu obtiennes ça du groupe ». Je vais bien sûr pas le présenter comme ça au groupe, si on veut échouer c’est le meilleur moyen. je fais attention à deux choses : remplir mon cahier des charges, que je sois aux normes avec ce qui m’est demandé, et en même temps je mets entre les mains des participants un outil transgressif. J’ai l’impression de raccorder des fils et je sais qu’en facilitant leur rapprochement ça produit une énergie, une lumière, ça ouvre, ça crée du mouvement.  C’est tout à fait différent d’un type qui fait du développement personnel et qui serait tenté de dire « avec moi vous allez peut-être obtenir quelque chose. Je ne les fait aller nulle part. 

AM — Ca veut dire que vous vous engagez sur aucun résultat, l’originalité de votre démarche ?

DC — Je ne peux pas le dire comme ça. Le cahier des charges me demande des résultats, et je pense que personne n’a eu à s’en plaindre, mais le résultat je m’en fiche (rires). Quand vous avez des jeunes qui ont eu des problèmes de violence, qui ont eu des problèmes avec la justice qui les a même, pour certains, conduits en prison,  que l’institution (la région, tous  ceux et celles qui financent) leur fait faire une exposition sur la violence, il faut avoir une idée délirante. Ce n’est pas le truc à faire parce que ça les maintient sous cette étiquette, et pourtant on en a fait une. Durant tout le travail j’ai enlevé le mot violence. C’était le groupe le plus difficile, et quand je leur demande de trouver un mot et que quelqu’un trouve le mot « table » par exemple, je lui précise que je ne lui demande pas une définition du mot table, les dictionnaires font ça très bien mais qu’est-ce que ça lui suggère ce mot, qu’est-ce que ça révèle de lui, puisque c’est lui qui l’a choisi… Il ne pense pas à ça. Parfois ça va le relier à une couleur ou à des choses totalement imprévues, à des associations d’idées ou d’images. Et c’est avec ça qu’on va construire quelque chose. Le thème de la violence tel qu’on me l’avait imposé, l’institution pensait obtenir des déclarations de type « … j’ai été condamné parce que j’ai brulé une voiture, etc… des sujets qu’on peut voir dans les journaux. En faisant émerger des associations d’idées ou de mots, de couleurs… je pense avoir fait beaucoup plus fait exprimer la violence  mais qui ne dit pas son nom. Elle est beaucoup plus prégnante et ils avaient sûrement besoin de ça pour sortir sinon on les enferme dans un « je suis violent jusqu’à la fin de mes jours ». 

AM — Ca peut être très fort, en fait c’est l’exploration des paysages intérieurs, on peut le dire comme ça ?

DC — On peut le dire comme ça. 

AM — Et la façon dont ça se manifeste après votre intervention.

DC — Si je dis ça à l’institution elle ne va jamais me croire avant. On vous demande une exposition sur la violence, point.

AM— Pourtant ça me paraît facile à comprendre, qu’est-ce qui fait que certains de vos interlocuteurs ne le comprennent pas ?

DC — Je ne sais pas. Je pense que j’en parle mieux que je n’écris.

AM — Pourtant vos interlocuteurs sont souvent rompus à la réflexion, une dimension intellectuelle et culturelle… on va dire un peu au-dessus de la moyenne.

DC — Là je reviens à la surefficience. Vouloir rentrer dans une fonction pose problème.

AM — Vous avez l’impression que ça change dans le monde du travail, avec les nouvelles formes de management dites collaboratives ? 

AM — Je pense que vos interventions ont une place avec ce que l’on appelle les « nouveaux managers », en particulier le conseil de travail collaboratif qui s’appuie sur des visions  individuelles au sein d’un travail d’équipe en visant l’autonomie et la responsabilité.

DC — Actuellement j’aide quelqu’un qui travaille dans le monde du net pour les entreprises, elle connaît par cœur tout ce qui touche au numérique mais le monde de l’entreprise la met dans un état, je vous dis pas… Elle aime son travail mais ça la perturbe énormément. Le monde de l’entreprise, dit-elle, la brutalise …

AM — Pour faire un petit break Didier, si vous voulez bien me citer trois m, très spontanément ! Trois mots qui font partie de votre sémantique.
DC — Aiguille… je ne sais pas pourquoi ça me vient à l’esprit…. je pense à couleur… et je pense à… je suis un très mauvais client (rires) !

AM — Ce n’est pas une question piège (rires) !

DC — Et je pense à ressort.

AM — Ils font partie du glossaire ces trois mots (rires) ?

DC — Non (rires).

AM — Pour le clin d’œil et le fun, je vous engage à les intégrer à votre glossaire ! J’ai noté : aiguille, couleur et ressort… au pluriel ou au singulier je ne sais pas.

DC — Ca n’a pas d’importance.
AM — Ca me renvoie à une question importante, la définition des mots dans le glossaire ou dans le dictionnaire, vous distinguez les deux ?

DC — Quand c’est dans les applications, il s’agit du dictionnaire. Le glossaire c’est uniquement pour la présentation, on en avait parlé j’ai trouvé que c’était une bonne idée. 

AM — Et dans le travail dans le monde de l’entreprise, il s’agirait du dictionnaire ?

DC — Oui.

AM — Et dans ce dictionnaire, les mots peuvent être usuels ou inventés, les mots existants peuvent être définis autrement.

DC — Oui mais on est pas obligé de définir les mots. On peut les illustrer ou ceux du voisin. Et puis vous avez aussi l’application « 1 mot 1 minute », uniquement par smartphone. Vous choisissez un mot avec un ensemble qui ont envie d’y participer  en dehors de la séance d’atelier. Tout le monde a un smartphone et peut participer à n’importe quel moment du jour et de la nui. Cette application fait partie du Compendium couleurs, un dictionnaire où chacun choisit sa couleur. Vous choisissez votre mot et vous avez une minute dans votre coin, chez vous, n’importe où  pour produire quelque chose et vous l’envoyez à votre correspondant. Ceux qui reçoivent votre texte sont libres de donner suite ou pas. Il y a un accord tacite entre les personnes, on ne doit pas écrire plus d’une minute. Je l’ai fait avec quatre personnes, pendant plus d’un an. Je recevais, je répondais ou pas, et puis au bout d’un an j’ai mis nos écrits sur le site et j’ai retrouvé exactement l’ambiance qu’il y avait entre nous. Surprenant ! Ca recrée une atmosphère, c’est très riche. C’est un outil très souple, pas besoin d’y consacrer du temps.
AM — On peut qualifier ces techniques comme des récupérateurs d’émotions, de mémoire… ? 

DC — Oui tout à fait.

AM — Un peu comme une photo, c’est indélébile…

DC — C’est un instantané  à un moment donné.

AM — Il y a un autre aspect qui m’interroge et que je trouve très intéressant à développer sur la dimension culturelle. J’ai l’impression que votre démarche s’inscrit dans un nouveau courant culturel avec un autre mode opératoire donc dans une nouvelle culture, une nouvelle façon  de faire tout en étant dans le « ici et maintenant » avec le conformisme, les cadres conventionnels qu’on connaît.

DC— Oui il y a beaucoup de choses qui traitent de l’instantanéité, caractéristiques de notre époque, et qui en même temps traitent de la profondeur.
AM — Vous pouvez développer cette dimension entre la rapidité et la lenteur ? Toute la dimension fulgurante.

DC — Quand je dis c’est  « en même temps », je fais du Macron ! (rires), l’instantané (la rapidité technologique type smartphone) à l’ordre du jour puisque vous pouvez écrire sur tel ou tel mot une ligne, très peu… qui s’inscrit dans une entreprise, une école, peu importe le lieu mais il est localisable. Il est définit par le contrat, le salaire, etc… il est normatif mais en même temps ça se joue en dehors puisqu’à tout moment vous pouvez participer de chez vous. Ces deux éléments font qu’on est dans la rapidité et la lenteur. Est-ce que ça résout le problème dont je parlais tout à l’heure, la question de la langue française, je ne sais pas. Je n’en ai pas la prétention mais on voit derrière ça mes préoccupation. Je ne suis pas du tout dans  le « c’était mieux avant » mais de par ma formation j’ai pu mesurer tout ce que m’avait apporté cette lenteur. Quand on voit les enjeux démocratiques, politiques… il y a quelque chose à faire à mon avis. Ca curieusement été très absent du débat électoral.

AM — Généralement quand on a des difficultés à se projeter dans le temps, il y a des réponses toutes faites. Du type « donnons du temps au temps… », ça vous évoque quoi ?

DC —  Je trouve la formule totalement délirante, toute fabriquée, creuse. J’essaye d’être beaucoup plus dans le faire, chez moi il y a un côté très artisanal, je bidouille les choses. Comment inventer de nouvelles structures aujourd’hui avec un « ici est ailleurs » ? Est-ce que l’Astrolabe y répond, je ne sais pas… 

AM — Ce qui est important c’est la faon dont vous le proposez, vous avez dû être confronté à des questionnements. Vous proposez des zones nouvelles, voire inconnues donc à-priori irrationnelles souvent liées à l’ignorance. C’est intéressant d’apprendre à travers ce que vous proposez. On apprend obligatoirement, des mots nouveaux soit parce que les autres vous apportent soit parce que votre curiosité personnelle vous a amené à apporter des réponses et même à aller bien plus loin, parlez-moi de votre schéma de pensée.

DC — Si vous prenez le site, tout ce que j’y ai mis est appelé à être remplacé par d’autres éléments qui font « disparaître » ce qui existe déjà, comme des couches archéologiques. Aussi bien au niveau de la typographie, des textes, des illustration… Il faut que je m’efface.

AM — Vous êtes un passeur (c’est un mot à la mode ! rires). Est-ce que vous vous qualifiez comme visionnaire ?

DC — Je ne sais pas, ça ne m’intéresse pas.

AM — Ce n’est pas une préoccupation ?

DC — Non non pas du tout. Mais c’est vrai que le mot passerelle, et j’utiliserais plus ce mot que celui de passeur, je vois bien que si j’arrive avec la stature de celui qui pense savoir, je vais bloquer tout le système.
AM — Néanmoins vous devez savoir beaucoup de choses pour faire tout ça !

DC — Je ne sais pas… je ne le dis pas !

AM — Vous ne le dites pas mais ça ne peut pas être autrement (rires) ! Une personne qui n’aurait pas votre savoir, quasiment comme un savant, pourrait-elle réaliser ce que vous faites ?

DC — Je n’en sais rien, je suis né avec ça !

AM — Donc pour vous c’est naturel ?

DC — Tout à fait. 

AM — Et votre surefficience elle vient d’où ?

DC — Si je lis les chercheurs suisses qui travaillent sur le sujet, nous sommes tous surefficients à la naissance. C’est l’hémisphère droit (l’imaginaire, la créativité, la transgression, le lien avec des univers très différents, une capacité à être hors des normes mais pas forcément marginal, distinction importante. On naît comme ça. Et puis chez les gens dits normaux, à l’adolescence l’hémisphère gauche qui incarne la rationalité, la catégorie, le cadrage, la fonctionnalité… se rééquilibre et normalement on rentre tous dans des petites cases sauf les surefficients. On doit être 0% et caeter qui ne rentre pas dans cette norme et c’est un vrai problème. Le côté pluridisciplinaire pour faire universitaire (rires), être capable de  lier des éléments étrangers les uns aux autres, c’est de la surefficience.

AM — Quels sont les problèmes ?

DC — Quand on me dit « on comprend rien », c’est un vrai problème ! Il y a une vraie difficulté à remettre dans la fonction ». Un peu comme une plante qui pousserait d’une façon désordonnée, ça n’arrête jamais. Les surefficients dorment très peu, ils sont toujours en train de carburer ! Ca n’arrête jamais.

AM — D’accord. On peut qualifier d’hyper créatif ?

DC — Oui.

AM — Hyper cognitif. C’est ce que vous faites dans votre démarche, peut-être une difficulté différente de ce que l’on a l’habitude de traiter mais ce n’est peut-être pas un problème à partir du moment où votre place est trouvée. Vous êtes dans un positionnement de niche que dans un positionnement de métier.
DC — Je suis normal, c’est les autres…

AM — Oui ! La normalité est relative aussi… dans la configuration des surefficients  vous êtes un surefficient « normal » ! Il y a chez vous un travail sur le réordonnancement des représentations en travaillant sur les mots, leurs forces mais aussi leurs travers. On peut aller très loin dans les travers avec un travail comme le votre. Il arrive un moment où des réajustements sont peut-être nécessaires. Est-ce que là vous intervenez ?

DC —  Qu’est-ce que vous mettez sous le mot « travers » ?

AM — Et bien, en imaginaire je définis un mot qui est un contresens par rapport au dictionnaire traditionnel. Par exemple le plaisir ou la souffrance au travail, je me la représente de telle ou telle manière alors que c’est déjà bien calibré, qualifié.
DC — On sait que le sujet est toujours régi par la dualité. C’est ce qui construit le langage mais c’est ça aussi qui nous pose problème. Comme équilibre-t-on la lumière et l’ombre, le froid et le chaud, etc… Quand je demande aux personnes de trouver leur mot, ils trouvent leur Zénith. C’est à dire, leur lumière. Le point le plus haut du soleil à midi, le point le plus haut de leur parole émergente. Celle qu’ils veulent que l’on entende, celle qui est présentable. Ca les géolocalise dans une rubrique du chantier. Par exemple le mot « aiguille » va me faire attérir dans la rubrique 3 où je vais trouver 8 applications, je vais prendre celle qui me convient. Si aucune ne me plait, je ressors. Un peu comme avec un jeu de dés, je rejoue et je retrouve un mot. En même temps mon Zénith me révèle mon opposé, le Nadir, ma zone d’ombre. En révélant sa lumière, la personne va révéler ce qu’elle veut faire apparaître d’elle-même mais aussi sa partie plus ténébreuse. Et je vais la faire travailler sur ce deux mots, et c’est extrêmement intéressant sur les personnes « officiellement perturbées », ceux dont où nous a dit… « voilà ils ont arrêté l’école, ils ont eu des problèmes avec la justice, le juge leur a dit qu’il fallait cette formation sinon… et bien le mot qui apparaît en contre-poids (le Nadir) d’autant que ce n’est pas le mot qu’ils ont choisi à la différence du Zénith. Leur histoire, qui accapare l’institution, moi je m’en fiche (d’ailleurs je n’en sais presque rien), je ne suis pas là pour juger. Eux ont envie de m’en parler d’autant que je ne leur demande rien, ils vont me dire énormément de choses grâce au Nadir. Je déteste le mot maladie, hors ils souffrent de beaucoup de choses, le chantier renvoie beaucoup plus de choses que si je les enferme dans un statut. Moi je ne suis rien, ni prof, ni psy…. ce Zénith et ce nadir c’est un peu le babord et le tribord du bateau selon une connotation marine de l’Astrolabe nautique. On avance ainsi…

AM — Vous avancez par approximations…

DC — Par intuition. 

AM — C’est un travail sur la personne. Je pense que c’est important dans tous les métiers, un travail d’écoute et d’entretiens. Ca peut être un outil de performance, une sorte de boussole si on reste dans le langage des outils de navigation.
DC — Il faudrait même avancer plus masqué. Si j’enlève le mot prof, le mot psy , le mot animateur, etc… il y a derrière une étiquette, une fonction (ce qui est problématique chez un surefficient), ça m’enferme dans le regard de l’autre avec parfois chez certains des souvenirs douloureux (un prof par exemple). Il faudrait pouvoir se présenter face à un groupe en n’ayant pas du tout l’intention de faire ça. Dans les cafés, les gens au début vont se cacher pour écrire sur le carnet , ils ne savent pas bien écrire, ça leur rappelle l’école et en même temps ils ont des choses à dire. Il faut faire du sur-mesure.
AM — Il y a beaucoup d’innovation dans ce que vous faites . Je suis étonné que ça ne se voit pas d’avantage dans l’entreprise, de l’accompagnement à la communication, à la verbalisation. Les choses existent par les mot qu’on utilise… C’est comme les compétences, les compétences ç a se décrit avec les mots, si on utilise les bons mots  ou si on se prétend être compétent sans savoir décrire ce que l’on sait faire , c’est un a-priori extrêmement négatif. Il y a tout un travail de démystification dans votre activité, quand vous dites  « c’est important d’avancer masqué » ça me fait penser à une formule qu’on utilise dans l’armée, peut-être la connaissez-vous… (rires)

DC — Je n’ai pas fait l’armée !

AM — Pour avancer masquer dans l’armée on dit qu’il faut faire faux mec ! J’ai appris ça pendant mon service militaire (rires) !Je ne savais pas comment j’allais la ressortir 45 ans après !Faux mec, ça veut dire faire attention aux formes, à l’ombre, au mouvement, à l’éclat et à la couleur quand on part en opération. Je fais un rapprochement avec le masque que vous utilisez parce que ça permet d’avancer masqué, ne pas se faire repérer et avec un objectif réaliste et plus ou moins réalisable.

DC — C’est assez drôle parce que lorsque j’ai été réformé, il y a bien longtemps, soit-disant pour un souffle au cœur que je n’ai jamais eu de ma vie, on découvre ça officiellement à l’armée à la base aérienne d’Orange, je m’étais préparé à ne pas le faire. J’arrive là-bas, je me dis Didier c’est pas pour toi, tu te débrouilles comme tu veux mais tu ne le fais pas. Au premier examen, le médecin me dit « il y a longtemps que vous en souffrez ? ». Je lui dis « de quoi ? » Il me répond « vous semblez avoir un souffle au cœur »… « ah bon… ». Je m’étais préparé depuis quasiment des années, avec des copains on était tous un peu anti militaristes, j’avais tout imaginé sauf qu’on prenne pour malade ! Il a fallu que je « m’habille en malade », on m’a envoyé à l’hôpital militaire de Marseille qui m’a confirmé que j’avais un souffle au cœur, il m’a réformé. J’ai pris mes papiers ni une ni deux et je suis rentré à Lyon. Le temps que je recoive mes papiers j’étais resté une dizaine de jours sur la base aérienne et j’ai alors observé qu’en ayant ce statut du type qui peut mourir à tout instant, les gens n’étaient pas du tout pareil avec moi. A lyon ma mère m’a dit « il faut que tu ailles voir un cardiologue, c’est peut-être grave ». Celui-ci m’a dit, vous vous foutez de moi ? Votre cage thoraxique est un peu plate, on peut croire que vous avez un souffle au cœur, je ne comprends pas qu’un cardiologue ne l’ait pas vu et qu’il n’y a rien. » Bref, ‘avais tout imaginé sauf ça. Quand les gens vous croient malades, c’est très curieux..

AM — Vous étiez de bonne foi, il n’y avait pas de dissimulation ! Vous voulez rajouter quelque chose sur la parole ? Pour conclure, peut-être pouvez faire un rapprochement avec entre le mot et la géolocalisation par rapport aux outils que vous proposez, ça se concrétise comment ?

DC — Quand vous donnez votre mot et votre date de naissance, je compresse les lettres et les mots. La date de naissance va me donner un chiffre indiquant la ligne horizontale, la temporalité  donc sa position dans le chantier. Vous allez ensuite me donner votre mot queje vais également compresser. Je fais rejoindre les deux lignes qui vont me donner votre géolocalisation (par exemple rubrique 1 avec ses 8 applications).

AM — C’est conventionnel avec les principes de la numérologie en somme ?

DC — Bien sûr, il faut toujours arriver à un seul chiffre.

AM — Vous avez fait beaucoup de choses et c’est ce qui rend votre travail très complexe. Vous avez travaillé sur énormément de disciplines qui confèrent une sorte de connaissance universelle, difficile à pénétrer si on n’a pas été initié. C’est le cas pour beaucoup qui sont dans l’ignorance, ce n’est pas péjoratif. Ca reste une image mystique mais si je rentre dans la connaissance je vois les choses autrement. Vous avez cette image, je vous l’ai déjà dit, du savant, celui qui sait pas forcément tout mais qui fait des liens. Quand on est dans une dynamique comme ça, on a des dispositions pour apprendre assez loin et pou transposer les liens il me semble. On peut en rester là ?

DC — Oui, je vous remercie.
AM — A très bientôt !

 

 

 

 

 

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