» MON PIED DROIT EST JALOUX DE MON PIED GAUCHE.
QUAND L’UN AVANCE, L’AUTRE VIENT LE DEPASSER.
ET MOI COMME UN IMBECILE, JE MARCHE. »
RAYMOND DEVOS

 

 DEVENEZ PIETON VOYAGEUR

 

UN SMARTPHONE, UNE TABLETTE, UN ORDINATEUR  OU UN SIMPLE CARNET MOLESKINE ... AUJOURD’HUI L’ASTROLABE DU XXIem SIECLE CONJUGUE LES EPOQUES. IL SE FAIT OUTIL  DE NAVIGATION ET D’EXPLORATIONS PERSONNELLES OUVRANT DES TERRITOIRES FAVORISANT LA REAPPROPRIATION DE NOUVEAUX MONDES.

UN ASTROLABE DE POCHE POUR SE PRENDRE AU MOT ET INVENTER UNE NOUVELLE ENCYCLOPEDIE.

ICI LE TOUT EN UN DU LIEU COMMUN. UNE ALLEGORIE DU MOUVEMENT PERPETUEL, UN KALEIDOSCOPE DE VERITES IMAGINEES ET DE CERTITUDES DEGUISEES.

UNE AUBERGE ESPAGNOLE OUVERTE A TOUS, UNE CAVERNE D\’ALI BABA  PLEINE DE RICHESSES INATTENDUES, UN RADEAU DE LA MEDUSE  ACCUEILLANT L’AVENTURE DU VIVANT. AUTANT D’HISTOIRES HUMAINES ET CITOYENNES, SINGULIERES ET PLURIELLES, TRES MOBILES, SANS LIMITES, LIBRES ET INFINIES, OU « ICI DEVIENT AILLEURS » ET LE PIETON… VOYAGEUR.

ETYMOLOGIE, SYMBOLISME, HISTORIQUE, MANIERES DE DIRE, LANGUES POPULAIRES, SAVANTES OU IMAGINAIRES...
CAVE(RNE) : Lieu creux, enfoncé. En anatomie, nom donné aux deux tronc veineux qui apportent à l’oreillette droite du cœur le sang du système circulatoire. Sur le plan symbolique, la caverne incarne la naissance, le passage entre l’invisible et le visible, l’atemporel et le chronologique, le crâne et le centre d’un monde. Un lieu clos pour y entasser tout le bric à brac de la vie. La caverne est un lieu de protection, un passage initiatique vers la connaissance de soi et du monde. En ancien français, vient de cavain, un lieu profond, un trou, une vallée encaissée. Cavain est resté dans la langue moderne avec une signification restreinte, un lieu creux ou un fossé au fond duquel on se met à couvert pour à l’ennemi ou favoriser les attaques en place. On dit aussi cavereau, une maison voûtée. « Le crâne se trouve au sommet du squelette. C’est la partie impérissable du corps. Il est le siège de l’âme, sa demeure, son véhicule, tout comme la grotte et la caverne sont les demeures des esprits. Le crâne est réceptacle de la vie, il symbolise la mort physique par laquelle il faut passer pour renaître à un niveau spirituel supérieur. Dans les légendes européennes et asiatiques, le crâne est un homologue de la voûte céleste. Une caverne en miniature qui, elle-même, est une représentation en miniature du Ciel. » (Dictionnaire des symboles).

RADEAU : Symbole du salut, de la précarité et de la force du vivant, les ambivalences d’un sauvetage dans toute ses contradictions, violences et sens de l’altérité. L’éphémère fragilité de l’instant, l’essence de sa force. En ancien français a donné radei, courant rapide et impétueux.

AUBERGE : Symboliquement, toute situation où chacun se nourrit de ce qu’il veut, trouve ce qui l’intéresse, ce qu’il comprend, en fonction de ses goûts, sa culture, ses convictions. Le chantier Astrolabe Compendium, grâce à la circulation du piéton voyageur à travers les rubriques et les applications, etc…, se fait lieu d’accueil d’une faune hétéroclite permettant à chacun de trouver peut-être chaussure à son pied.

ASTROLABE : Latin, astrolabium.  Instrument propre à prendre la position des astres. Combinaison d’un instrument de mesure et d’un système de projection stéréographique.

COMPENDIUM : Du latin médieval compondium, résumé (d’une science, d’une philosophie, d’un savoir…). Un abrégé, un condensé sous la forme d’une compilation d’un corpus de connaissances. Synonyme un abrégé, un épitomé, un précis, un concentré de méditation. Une abréviation, un résumé, une manière de resserrer la dépense. « La médecine étant un compendium d’erreurs successives et contradictoires des médecins, en appelant à soi les meilleurs d’entre eux on a grande chance d’implorer une vérité qui sera reconnue fausse quelques années plus tard. » Marcel Proust.

ALLEGORIE : Etymologiquement « une autre manière de dire ». Du grec allon, « autre chose » et agoreuein « parler en public ». Représentation indirecte employant quelque chose (un acte, un être animé ou inanimé, une pensée) comme signe d’autre chose, souvent une idée abstraite. « Une espèce de fiction dont l’artifice consiste à présenter à l’esprit un objet de manière à lui en désigner un autre. » (Dictionnaire Académie française) Dans le langage des rhéteurs, une figure du discours qui n’est autre chose qu’une métaphore prolongée. »

COSMOGRAPHIE : Du grec Kosmos : univers et Graphein : écrire. Science de la description de l’Univers (géologie, géographie, astronomie) dite astronomie descriptive. Etude des nouveaux cosmos. En lien avec sa Terre et son Ciel, le piéton voyageur raconte, dessine, écrit l’univers de son monde par le biais des applications et des rubriques, se faisant ainsi cosmographe intime de ses propres territoires.

 

TERRITOIRES

 

En 1538 le mathématicien et géographe Gérard Mercator fait paraître sa première carte du monde sans savoir qu’il va révolutionner la cosmographie. Quelques années plus tard il publie 18 feuilles dites «projections de Mercator» fournissant des informations nouvelles sur les contours de la Terre. Elles bouleverseront la manière de naviguer, transformeront la représentation du réel et par là-même la place de l’Homme dans le cosmos… L’idée, privilégiant l’usage du compas et la sauvegarde des angles, consiste à projeter la surface terrestre sur un cylindre tangent où les méridiens s’espacent régulièrement tandis que les distances entre les parallèles augmentent avec la latitude. La courbe coupe les méridiens d’une sphère sous un angle n’empruntant pas le chemin le plus court. La ligne droite devient alors une ligne d’azimut constante, on parle de route loxodromique (grec, course oblique) autorisant quelques largesses avec la précision du trait. Même si en apparence les surfaces ne sont plus les mêmes, la distorsion augmentant au fur et à mesure de l’éloignement de l’équateur vers des pôles que la carte ne peut couvrir (d’où une même superficie entre le Groenland et l’Afrique alors que cette dernière est 14 fois plus grande…), les cartes de Mercator ouvrent de nouveaux horizons sur la manière d’aborder le voyage et le monde. Son invention rencontre le siècle avec l’amélioration des outils de mesure (la géodésie) et celle des registres offrant des sources statistiques exactes et faisant un peu oublier la navigation «à l’estime». Elle bénéficie aussi du développement de l’imprimerie permettant à la cartographie d’être de plus en plus fiable et de trouver son public. Le succès et l’importance de ses recherches amènent le mathématicien à être accusé d’hérésie par l’Eglise, rapprochant son personnage de ceux de Copernic et Galilée…, plus tard sa célèbre mappemonde fait apparaître des territoires inexacts dans l’hémisphère Sud (James Cook à la fin du XVIIIem en apporte la preuve…) mais l’essentiel est ailleurs : Mercator donne de la perspective au réel.
Le mot «projection» lui-même fait beaucoup voyager — action de jeter, lancer un corps (et son âme ?), il vient du latin projectum, supin de projicere, «pro» en avant et «jacere» jeter –. Son récit raconte les fluctuations de l’imaginaire collectif sur la perception du monde par-delà la ligne d’horizon, la migration des hommes et de leurs langages, l’idée que l’Etre se fait de l’ailleurs. Il transgresse et dépasse, génère du rêve dans l’air du temps, oxygène la modernité, re-déploie la vie au-delà de sa ligne d’horizon, nourrit une croyance en une terre toujours plus grande et mystérieuse. Mercator se réapproprie le mot pour en faire un porte-voix/voie à contre-courant, ouvrant l’appétit des aventures à l’oblique et non en ligne droite, institutionnalisant le privilège de la bifurcation au détriment du chemin directe (*). Il le métamorphose en un terme existentiel incarnant l’essence même de l’Etre dans la dualité de ses contraires. Toujours prendre de la distance à en faire buissonner la vie (cette tangente qui taille la route … une terminologie hippie quelques siècles plus tard) et autant de chemins de traverses, une proche extrémité avec l’essentiel. Mercator parle au vivant et à ses contradictions, donne du volume à l’horizontalité et fait de la carte une écriture, le récit d’un monde à défricher et déchiffrer. Une quête de l’au-delà des limites, une ré-évolution de la perception de la planète pour un tour complet de chacun sur soi-même. L’exploration de l’Autre dans tous ses territoires.
(*) Le philosophe Leibnitz, vers la fin de sa vie en 1716, ne dira pas autre chose en matière de communication : «pour qu’une parole soit féconde il faut la faire bifurquer sans jamais la rendre directe…».
Géographiquement, «projection» est un mot poly/phonique (combinaison de plusieurs mélodies chantées ou jouées en même temps) avec divers modes de représentation à plat sur le papier d’un globe ou de quelqu’une de ses parties. Il produit du langage à travers les siècles… « Ptolémée a rendu de grands services en rassemblant toutes les déterminations de longitude et de latitude des lieux et en jetant les fondements de la méthode des projections pour la construction des cartes géographiques » raconte LAPLACE – «Il y a dans l’astronomie et la géographie descriptives trois espèces principales de projections : celle de Ptolémée, qui a ensuite pris le nom de Gemma Frisius, c’est la projection stéréographique ; la deuxième celle de Rogas, qu’on nomme projection orthogonale ou orthographique… enfin la troisième celle de Lahire  qui remédie à quelques imperfections des deux premières » dit encore LEVEQUE. Multiforme il se fait projection polaire, représentation de la terre ou du ciel sur le plan de l’un des cercles polaires. Mais aussi projection isocylindrique qui, au lieu de conserver les angles comme la précédente, conserve les surfaces. En astronomie celle d’un objet sur un plan, «Quand nous regardons un cube il est certain que tous les côtés que nous voyons ne font presque jamais de projection ou d’image d’égale grandeur » philosophe MALEBRANCHE — «Les premiers astronomes s’aperçurent, par la projection de l’ombre de la terre dans les éclipses de lune, que la terre était ronde» conclut VOLTAIRE. Une polyphonie d’observations pour une polyphonie de «projections» se faisant mouvement et jeu d’apparences… les recherches de Nicolas Sadi Carnot de nombreuses années plus tard.

L’ingénieur physicien publie en effet en 1824 ses «Réflexions sur la puissance motrice du feu et sur les machines .propres à développer cette puissance». Il pose les bases d’une science toute nouvelle la «thermodynamie» (rendant caduque quelques années après la machine à vapeur) qui servira ensuite de modèle pour l’industrie automobile et l’aviation. Selon lui le feu — cœur et centre de l’humanité, énergie vitale — est le moteur de tout mouvement, sa clé. Pour que cette force devienne puissance motrice il faut une différence de température entre deux corps : plus celle-ci est grande plus le mouvement est d’importance. Partout où il y a une différence de température, il existe la possibilité d’engendrer de la puissance motrice. Et son corollaire n’est pas moins important : il est impossible de produire de la puissance motrice à moins qu’on ne dispose à la fois d’un corps froid et d’un corps chaud. Cela peut être considéré comme le premier énoncé du «principe de Carnot», même s’il revêt encore une forme imprécise. Il est probable qu’à cette époque, Sadi Carnot était guidé par l’idée que les machines hydrauliques les plus efficaces étaient celles qui faisaient usage de la plus grande hauteur de chute d’eau : il y voyait une analogie, assortie de toutes les nuances qui font la différence avec une similitude stricte, entre cette hauteur et les variations de températures pour les moteurs thermiques. On retrouve cette observation paradoxale en médecine où la fièvre d’un corps est toujours perçue comme un signe paradoxal de bonne santé des anticorps. On dit alors que l’organisme réagit à l’invasion de toxines et qu’il est en mouvement vers la guérison. De même en météorologie les orages se forment lorsqu’il y a une réserve importante de chaleur et d’humidité à basse altitude et d’air sec et froid en haute altitude : la violence de l’orage (le cœur de son mouvement) est proportionnelle à la différence d’intensité des deux masses d’air.

D’une carte déployée à un feu bien vivant, Mercator et Sadi Carnot conjuguent ainsi une horizontalité déployée et le mouvement de leurs vents contraires, ce qui anime (animus : âme) l’Homme dans sa quête vers l’Autre et son ailleurs. Leurs recherches, mêlant points-de-vues géographiques, physiques et métaphysiques, s’épousent et s’opposent dans l’apparence du réel et de sa Vérité introuvable. Ils ne font qu’anticiper les questionnements d’aujourd’hui, virtuels et individuels, certainement identitaires : comment explorer et architecturer l’inconnu et l’infini, c’est-à-dire faire Sens dans un Temps et son élan devenu migrant ? Penser un ici et un ailleurs désormais numériques, structurer l’innommable, faire toute la lumière sur l’obscure clarté du monde jusqu’à rendre visible l’invisible et ainsi s’interroger sur ce qui nous géolocalise et nous territorialise en points de fuites et points de forces. Comment se réapproprier et réinventer la quadrature du (ciel) cercle, dessiner de nouvelles cartes, explorer l’impensable… sinon interroger invariablement le Centre et sa boussole à l’infini ? S’y retrouver pour mieux se retrouver, toute l’histoire d’un chantier encyclopédique apparu dans la deuxième moitié du XXem siècle.

Le Centre de cet Astrolabe Compendium, dont les premiers brouillons  remontent aux années 80, est un soleil (au sens calorifique de Nicolas Sadi Carnot…), l’Absolu point aveugle d’une densité éclairante, il ne peut se regarder en face. Il concentre un essentiel éblouissant à l’intersection du monde matériel et du monde spirituel (là où l’horizontalité rencontre la verticalité) obligeant à détourner les yeux. Il crée ainsi la condition d’une lumineuse obscure clarté, la part inconnue de l’Etre, son éblouissante vérité intérieure révélée : apprendre à se détacher de soi et ouvrir les yeux sur autrui — cette autre partie de l’ailleurs de soi-même –, jusqu’à en être (dés)altéré. Le Centre oriente et fait géolocalisation, clé du mouvement et du vivant, conditions d’un innommable et de ses inconnu(e)s. Il est assimilable à la matière noire de l’univers, creuset accélérateur de particules reliant l’infiniment petit (le moi intérieur) à l’infiniment grand (le cosmos), révélation d’un invisible devenant visible à une vitesse non perceptible. Du Moi au mot et au monde le Centre se diffracte, se dissémine, se métamorphose en force centrifuge, rayon laser cristallisant des molécules et propulsant mille facettes de soi-même en interactions. L’Unique devient Multiple pour et par le mot, le scintillement de sa magnificence : un écosystème du vivant en mouvement là où l’Un crée de l’Autre par l’accélération de son langage.

Le Centre fait cellule, noyau dur et satellites, organisme vivant, système de langage, ingénierie hybride, numérique, architecture de cathédrales, biodiversité du semblable et du différent, anthropologie, sociologie, cosmologie, horlogerie minutieuse du mystique, métaphore des grandes routes et chemins de traverses, littérature, philosophie… dans la symphonie d’une quête humaniste, politique et utopique de la figure de l’Autre où interagit un principe Compendium. Il se construit autour de deux silhouettes géométriques : le carré et le cercle, une «quadrature du cercle» faisant de la géolocalisation un moteur, lieu et lien des contraires dans l’art de l’équilibre des extrêmes. Le carré (4 en numérologie) incarne la figure du bâtisseur enracinant les fondations. C’est l’image du maçon, du réel, du labeur, de la stabilité, de la vie pratique et du monde visible. Il crée des repères permettant au sujet de SAVOIR OU IL EST (4 points cardinaux, 4 pieds à une chaise…), là où le Corps affirme une temporalité, celle de la vérité de sa «Terre». A l’inverse le cercle (5 en numérologie) incarne la figure de l’inventeur et du voyageur, celui qui trace de nouveaux horizons, imagine, déconstruit et outrepasse. C’est l’image de la liberté, de l’imaginaire, de l’infini, de la connaissance, de l’anticonformisme, de la communication et du monde invisible. Par son tourbillon intérieur il crée en permanence les conditions d’une ouverture sur l’ailleurs, il peut devenir spirale permettant au sujet de SAVOIR OU IL VEUT ALLER (l’au-delà des frontières, l’univers, l’humanisme…), là où l’Esprit affirme une intemporalité, celle de la vérité de son «Ciel».
Carré et cercle ainsi réunis créent les conditions de la quête (celle d’un Carnot en mouvement…) et de la carte (celle d’un Mercator déployé …), une utopie du vivant pour une écologie de la personne, l’architecture intérieure d’un outil d’explorations et de nouveaux territoires. A l’intersection de ce carré et ce cercle s’opère une géolocalisation, un Centre point aveugle (« matière noire ») du sujet et source de sa lumière intérieure faisant mouvement. Une substance invisible dont nous connaissons l’existence mais sans en comprendre la composition, on sait ce qu’elle n’est pas mais on ne sait pas ce qu’elle est… Elle produit une énergie permettant à l’individu de se réapproprier lui-même même si celle-ci n’interagit pas avec le sujet. Sans ce centre point de repère, le chantier Astrolabe Compendium disparait, s’évapore littéralement dans l’espace, faute de gravité et d’oxygène (l’équilibre brisé entre le haut et le bas, le temporel et l’intemporel). Il questionne indéfiniment l’Etre : comment si/tuer (si tu es…) — nommer étant à la fois révéler et masquer, ouvrir et fermer, tuer quelque chose en soi — un Centre calalyseur alors que nous n’en percevons que les effets (ce qui est écrit, dessiné, chanté, filmé… le visible du chantier) ? Telle la matière noire cosmique, il se dérobe en se révélant par bifurcation (une déflexion très Mercatorienne de la lumière de l’Un vers Autrui) dans son opacité éclairante. Le sens de la quête trouve sa source dans cet évitement…
A chaque géolocalisation s’opère un équilibre des forces entre le Zénith et le Nadir du sujet, sa part de lumière et d’ombre, la conscience d’un tribord et d’un bâbord… Un « corps froid » face à un « corps chaud » (les différences de températures de Carnot) faisant mouvements, une logique du vivant. Une dualité assumée, non plus perçue comme une contradiction entre ce qui va bien et ce qui va mal (en opposition avec la psychanalyse où l’ombre doit être « soignée », le «poison» qu’il faudrait faire disparaître…). L’Astrolabe Compendium ne soigne rien et ne guérit pas, il constitue seulement un point d’équilibre sans promesse, «c’est la dose qui fait le poison» disait l’alchimiste Paracelse, c’est au sujet de tracer lui-même sa route. Cet entre-deux participe au «réveil» de la personne, de son mouvement vers un Autre et son Ailleurs, pour autant de petites renaissances. Une métaphore de l’Astrolabe nautique apparu en Europe au XVIem siècle, autre Renaissance…, une période de réveil particulièrement féconde en matières de découvertes, de révolutions (techniques, scientifiques, culturelles, artistiques…) et de fracturations des idées reçues. Siècle de pleine expansion de l’art baroque et de la mise en scène de la dualité dans l’opposition harmonieuse et flamboyante de son jeu de lumières (obscurité/clarté), un «monde où tous les contraires sont possibles». Le mélange entre productions purement créatrices issues de l’imaginaire du sujet dans sa «vérité intérieure», et d’informations «officiellement vérifiables» (étymologie, historique, citations, etc…) s’ajoute à ce jeu des contraires très fécondant dans son opposition « froid / chaleur », si pleine d’extravagance.

Après quarante années de travaux et de recherches, l’Astrolabe Compendium favorise aujourd’hui un même mouvement d’extensions (territoriales, politiques, sociales… déplaçant l’ordre de la Vérité et de sa Connaissance entre le vrai et le faux), conséquence de la force infinie de son « moteur central » devenu numérique. Il permet une réappropriation et la matérialisation d’un monde virtuel, la découverte de l’intime de ses territoires dans un carnet de voyages ici proposé en «cabinet de curiosités». Toutes les conditions pour mieux le « classer et le penser » (Georges Perec) dans son originalité (gens/tis… ce qui génère du début et de la re-naissance). Un livre et son récit d’explorations intérieures, d’illuminations et d’incohérences si cohérentes métamorphosant le principe de la biographie non plus pensée dans une verticalité suffisante mais selon une horizontalité troublante dans ses repères perturbés. La boussole d’un autre monde.
Les cabinets de curiosités apparaissent en Europe au XVIem siècle, à la Renaissance. Ce sont des pièces, parfois des meubles, exposant des choses « rares, nouvelles et singulières ». Hétéroclites et baroques, on y trouve des collections diverses (*) – que l’on nomme des «raretés naturelles» — composées d’éléments artificiels (objets crées par l’homme), naturels (minéral, végétal, animal), scientifiques (instruments) et exotiques (plantes, animaux, herbiers, objets ethnographiques, mythiques), plus tard elles serviront de «fonds» à la constitution des musées, muséums ou jardins botaniques. Une distinction est souvent faite entre le cabinet de curiosités en tant que lieu et celui en tant que meuble. Au XVIem il n’y a que des musées privés, les cabinets en sont la meilleure illustration. On peut les visiter assez facilement avec une lettre d’introduction sauf pour de très rares exceptions. On distingue les riches cabinets princiers (Mazarin, Gaston d’Orléans…) et ceux d’amateurs éclairés moins fortunés, des érudits au sens premier du terme. Le meuble est à lui tout seul un objet de collection, souvent en ébène incrusté d’écailles ou de pierres, décoré par des artistes connus. Parfois des distinctions sont faites entre les cabinets du Nord de l’Europe et ceux du Sud, entre des tendances plus fastueuses pour les premiers et plus humanistes et cultivés pour les seconds. Le cabinet de curiosité est le microcosme de la planète et de la société (un Compendium ne disant pas son nom…) ayant pour fonction de donner à voir le monde, le comprendre et peut-être même en saisir les mécanismes de Création. Des vitrines pour un partage de la Connaissance afin que celle-ci devienne Savoir et peut-être Sagesse (même étymologie…) mais avec une approche plus scientifique. Parfois perçus comme loufoques, excentriques, étranges voire inquiétants, les «curieux», nom donné à leurs propriétaires et au-delà aux érudits de cette époque, aujourd’hui on dirait les « sachant », ne cherchent pas à accumuler et répertorier les objets ou les productions, comme le feront les encyclopédistes du XVIIIem, mais à pénétrer les secrets intimes de la Nature dans ce qu’elle a de fantastique même si chaque cabinet traduit, par ce qui y est exposé, la manière de penser le monde de son propriétaire… Sans doute le «curieux» (*) est-il à la frontière du collectionneur et de l’encyclopédiste, la traduction mondaine et culturelle de l’évolution de la cartographie et des sciences en général, de l’ouverture des premières grandes routes maritimes et des expéditions à l’autre bout du monde. Les livres d’images de Colomb, Magellan, Vasco de Gama…. autres enfants de Mercator. Une manière d’archiver et de penser la connaissance, la mémoire dans son raffinement et ravissement, un snobisme de distinction et de loufoquerie. Jouer du vrai et du faux, de l’improbable et de la certitude, faire du vivant et de l’ailleurs quelque chose de merveilleux avec ses contraires et ses invraissemblances (in/veritas, dont la vérité est à l’intérieur). L’évidence d’un monde où tout est essentiel mais où rien n’a d’importance.

 

INSTALLATION

 

DESIGN D’UN CHANTIER ASTROLABE

Le mot anglais «design» signifie à la fois création ET aménagement d’un système, il désigne ainsi le fond et la forme. Les deux visages d’une même éthique, le signifiant et le signifié du même signe. Si le mot est resté tel quel en anglais, il s’est scindé en deux en français : dessin et dessein, tous les deux issus du même mot italien «disegnare» qui porte lui-même les deux sens. Il vient aussi du latin «designare» signifiant «marquer d’un signe», choisir, nommer, signaler à l’attention de… En s’installant dans un milieu le chantier Astrolabe «marque d’un signe» son théâtre d’opérations. Il nomme ainsi fonction chaque élément faisant signe dans l’écosystème (les us et coutumes du piéton voyageur), toute l’ingénierie de l’humain dans une collectivité. Son esthétique, le design de ce qui fait sens.
Il s’incarne en un espace systémique qui respecte une tradition faisant mémoire et projet. La tradition (du latin traditio, tradere, de trans «à travers» et dare «donner», «faire passer à un autre, remettre») désigne la transmission continue d’un contenu culturel à travers l’histoire depuis un événement fondateur ou un passé immémorial. En y ajoutant un projet (pro/jactare, jeter vers), il relie le passé et le présent et crée un mouvement, une force centrifuge génératrice de conscience. Une action du sujet avec lui-même et avec les autres.

 

PLANIFICATION

 

1 – OBSERVATION.
L’observation du milieu est la première condition avant toute installation. Elle permet de récolter des informations sur le fonctionnement habituel du site (quartier, entreprise, école, région…) ou du sujet (comportements, manières de vivre, de parler, projets…). Cet impératif doit être maintenu tout au long de l’intervention, que celle-ci soit longue ou éphémère. Elle permet d’établir une topographie d’un «habitus» riche d’enseignements, une biodiversité des pratiques et des langages dans leurs interactions.
2 – LIMITES.
Les limites sont les facteurs restrictifs du chantier, qu’ils soient matériels (équipements, financement) qu’immatériels (niveau de compétence, législation).
3 – RESSOURCES.
Elles incluent les personnes concernées (institutionnels, bénévoles…), les finances, ce qu’il est possible d’exploiter du site, l’avenir en questions.
4 – EVALUATION.
Des trois premières étapes, un premier bilan sous forme d’évaluation. Qu’a-t-on sous la main ? Avec quoi va-t-on démarrer ? Souhaite-t-on avoir d’autres ressources (matérielles, humaines, compétences…) ? Tous les besoins sont-ils satisfaits ? Pas de démarrage sans avoir répondu à ces questions, elles dessinent les potentialités du chantier.
5 – DESIGN.
L’acte créatif commence ici. On utilise au maximum les capacités en sachant mettre en mouvement des relations synergiques entre les éléments ressources listés précédemment. Le succès de l’intervention repose sur la fluidité des interactions.

6 – IMPLEMENTATION.
Anglicisme informatique, mise en œuvre, développement. Littéralement la première posée d’un édifice en fonction de la chronologie et de l’agenda décidé.
7 – MAINTENANCE.
Il faut toujours accompagner le chantier dans son développement et en assurer une maintenance régulière. Privilégier des ajustements mineurs pour éviter des ajustements majeurs, c’est la condition de réussite du design.
8 – RETOUR D’EXPERIENCE.
Bilan, évaluations, observations, recueil des impressions, critiques… à remettre au client. Un état des lieux et des liens en fin d’expérience favorise sa bonne visibilité, elle délivre toujours des informations utiles (le chantier peut-il voler de ses propres ailes ?) pour envisager une suite sous une forme ou sur une autre.

 

AVENTUREZVOUS

 

 

 

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